Des fins heureuses

« Mais depuis quand l’éthique est-elle devenue le contraire de la liberté ? » interroge Coline Pierré dans un très jolivre.

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Je voudrais te parler, (trop) brièvement (1), d’un très jolivre de Coline Pierré : Éloge des fins heureuses. Sa lecture est un antidote puissant aux poisons de l’époque et de ses cynismes dégueulasses, contre lesquels l’autrice, chez qui la délicatesse n’exclut donc pas le mordant, rappelle notamment – c’est l’un de mes passages préférés (2) – que « mépriser l’optimisme, la compassion ou la gentillesse est une manière de se laver les mains, de se débarrasser de la question éthique en littérature, d’une morale soi-disant bien-pensante qui voudrait que nous soyons concernés et attentifs aux autres, en d’autres termes, qui nous empêcherait de faire ce qu’on veut et d’écrire ce qu’on veut. Parce que “bien penser”, c’est bon pour le petit peuple, les incultes et les censeurs modernes. Mais depuis quand l’éthique est-elle devenue le contraire de la liberté ? ».

La bonne nouvelle est que cet ouvrage, publié chez Monstrograph, reste, avec d’autres livres de Coline Pierré (3), pendant toute la durée du confinement et pour les lecteurs et lectrices vraiment fauché·es, accessible en ligne pour la modique somme de zéro euro, sur www.monstrograph.com. Pour les autres – celles et ceux dont le moment particulier que nous traversons n’a pas complètement vidé le porte-monnaie –, il est disponible en édition papier ou en version epub, et son achat aidera sans doute cette si plaisante maison. Parce que, bien sûr, la réclusion qui nous est imposée va la confronter, comme tant d’autres « petit·es » éditeurs et éditrices, à d’importantes difficultés.

Et tant que j’y suis, je profite de mes sept cents derniers signes pour te signaler aussi qu’après plusieurs semaines de fermeture forcée, le Lieu-dit de l’ami Hossein (75020, Paris), bar-restaurant où l’on a passé tant de bons moments, voit sa survie menacée – et peut être aidé selon des modalités détaillées sur son site : www.lelieudit.com.

Quand les mauvais jours finiront, on s’y retrouvera autour d’un soda yankee (mais si tu veux, t’as aussi le droit de prendre quelque chose d’un peu plus fort, genre un diabolo-menthe), et on se parlera de tous ces chouettes bouquins de chez Monstrograph qu’on aura lus : d’ici là prends bien soin de toi, de tes proches, de tes autres.

(1) Bien obligé, hein, dans l’espace congru de ces deux minuscules feuillets – dont comme tu sais je réclame en vain le doublement depuis la fin de la guerre de Trente Ans.

(2) Avec aussi celui où elle réhabilite, en lui restituant sa pleine et si évidente intégrité de « film éminemment politique », le délicieux La vie est belle, de Frank Capra, que j’emporterais assurément sur une île déserte si je devais m’y échouer avec seulement dix longs-métrages. (Un jour, stuveux, je te dirai les neuf autres.)

(3) Et de Martin Page, dont nous nous sommes, si mes souvenirs sont bons, déjà parlé ici.


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