Journalistes au temps du virus (semaine 3)

Il nous bouscule, nous atteint, nous questionne, bien que nous soyons habitués aux chocs de l'actualité. Mais il nous raffermit aussi, ce virus.

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Il nous bouscule, ce virus. Le 16 mars, l’équipe de Politis s’est repliée en télétravail, à l’exception de trois personnes qui viennent au siège du journal, en évitant les transports en commun et en respectant les consignes de sécurité sanitaire, pour assurer la sortie du numéro en début de semaine. Depuis, nous apprenons à travailler autrement, à discuter autrement, car le débat est depuis toujours au cœur de la méthode Politis, à l’opposé d’une caporalisation si répandue dans les médias qui ne sont pas indépendants. C’est désormais via des conférences téléphoniques, des forums, des messageries, des coups de fil, des textos que nous nous nourrissons les uns les autres des réflexions qui bâtissent les articles, et notre ligne éditoriale.

Il nous atteint, ce virus. Autour de nous, on le sent se rapprocher. Parmi les salarié·es, plusieurs en ressentent des symptômes, aucun qui soit inquiétant fort heureusement. Dans nos entourages, c’est parfois plus grave, des proches ont été hospitalisés. Et on le sent monter, ce virus, parce que toute la journée nous brassons des informations qui le démontrent, qui nous confirment que le confinement est vital, les erreurs de notre gouvernement nombreuses, les dérapages possibles. Il nous atteint, mais nous essayons de garder la tête froide, d’exercer notre acuité à regarder au-delà, à l’impact que cette épidémie aura sur les batailles à venir, sur les combats que nous essayons d’incarner depuis trente-deux ans.

Il nous questionne, ce virus. Bien qu’habitués aux chocs d’actualité qui ont pu ébranler le monde – le 11 Septembre, la crise de 2008, Fukushima ou les attentats de 2015 –, nous ne pouvions pas anticiper qu’un micro-organisme vienne faire plier le genou aussi vite à ce système-monde régi par l’ordre néolibéral. Saisis par les injustices que révèlent le confinement et la maladie pour les populations les plus maltraitées par la société, nous sommes aussi conscients que s’ouvrent de formidables batailles d’idées pour changer la société, et faire progresser nos idéaux.

Il nous raffermit, ce virus, dans notre volonté farouche de rester indépendants, quand des centaines de médias ont relayé sans faillir les bobards de ministres jurant que les masques n’étaient pas utiles, les dépistages superflus, le droit de retrait un incivisme. Il nous rend lucides sur la puissance de la presse numérique – renforcez-nous en nous lisant en ligne ! – et des réseaux sociaux, même si beaucoup d’entre vous restent attaché·es à un journal papier. Au sortir de l’épidémie, nul doute que le débat sur le climat ou la responsabilité des élites dans l’iniquité du système en sera éclairci. Il est souhaitable que le même constat s’applique à notre métier, le journalisme et l’information.


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