Journalistes au temps du virus (semaine 4)

Notre journalisme, c’est d’abord d’aller chercher la parole de celles et ceux rares ou exclus des médias dominants. Et le confinement devient un obstacle parfois difficile à contourner.

Gilles Wullus  • 8 avril 2020
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Journalistes au temps du virus (semaine 4)
© Photo : J-F ROLLINGER / ONLY FRANCE / Only France via AFP

C’est un paradoxe, mais il semble que Politis arrive dans les boîtes à lettres avec davantage de ponctualité depuis que La Poste s’est configurée en mode confinement. Celles et ceux d’entre vous qui ont répondu à l’appel de Valentin Gaillard, président de l’association Pour Politis, la semaine dernière (lire page suivante), signalent à la fois leur attachement à la version papier de notre hebdomadaire, leur vigilance sur le respect de la sécurité des femmes et des hommes qui continuent à assurer le service public postal, mais aussi leur conviction que l’avenir de la presse, et donc celui de Politis, s’imagine plutôt sur des supports numériques.

Nous sommes réconfortés des soutiens qui nous parviennent, tel celui de Françoise, qui nous écrit : « Ça fait un bien fou, au milieu des injonctions des uns et des bêlements des autres, d’avoir une voix forte et différente ! » Donner de la voix, si c’est la nôtre, nous saurons toujours. Cependant, notre journalisme, c’est d’abord d’aller chercher la parole de celles et ceux rares ou exclus des médias dominants. Et le confinement devient un obstacle parfois difficile à contourner. S’il est toujours possible d’interviewer les universitaires dont les travaux sont souvent ignorés du grand public, c’est plus compliqué pour les exclu·es, les migrant·es, les sans-abri, les précaires. Non pas que nous serions empêchés – jusqu’à présent, l’état d’urgence sanitaire n’est pas allé jusqu’à brider notre liberté de travail. Mais la prudence et le confinement s’imposent à nous aussi, car il est hors de question que nos reporters, sur le terrain, mettent en danger leur santé et celles des autres. Et, surtout, les délaissé·es de l’État sont invisibilisé·es par le confinement, éloigné·es des milliers de volontaires et de professionnel·les qui travaillent à les aider. Si Blanquer lui-même admet que les profs ont perdu le contact avec 8 % des élèves, la proportion ne peut être différente pour des personnes dont le seul lien avec la société passait par le travail social ou une association. Comment nous allons pouvoir rendre compte de ces réalités sociales dans un tel contexte est une des questions cruciales qui nous agitent au journal pendant ces semaines dramatiques.

Je n’oublie pas les journalistes pigistes, qu’ils travaillent pour Politis ou d’autres titres. Déjà voué·es à une nouvelle précarisation avec la « réforme » du chômage – qui n’a été que « repoussée » à septembre –, ils sont pourtant sur la brèche. Je le sais d’expérience, faire du journalisme dans une période d’actualité intense, et en particulier celle-là qui imprègne tous les aspects de notre vie quotidienne, peut être extrêmement stressant et anxiogène. Leur engagement professionnel n’en est que plus admirable.

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Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

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