Nouvelle épreuve pour La Réunion

Déjà affectée par la rude séquence des gilets jaunes, l’économie de l’île subit de plein fouet les effets du confinement.

Déjà plusieurs semaines que le centre-ville de Saint-Denis est déserté, à quelques jours du 11 mai. Seuls quelques commerces alimentaires n’ont pas baissé le rideau, réduisant leur activité à la vente à emporter. Cari, rougail et gratin, une ardoise propose aux rares passants des spécialités locales, devant une petite terrasse colorée, vide elle aussi. Un cadre ensoleillé et paisible, en réalité habité par l’angoisse des jours à venir.

Jean-Charles Nagou est venu livrer ses produits artisanaux à ce restaurant, dont le gérant, qui travaille seul, se réjouit de ne pas avoir de salaire à verser. À l’inverse de son fournisseur, qui craint de ne bientôt plus pouvoir « payer ses gars ». Les deux -collègues et amis sauvent les meubles comme ils peuvent, mais ne cachent pas leur détresse face à « l’hécatombe qui s’annonce ». Ici, pas d’inquiétude outre mesure en ce qui concerne la santé, puisque la victoire contre le virus semble en bonne voie. Il ne circule que très peu sur l’île. On compte 427 cas – pour la plupart importés – et aucun mort. D’un point de vue économique et social, en revanche, le tableau est plus sombre.

Si l’impact du coronavirus marque une rupture inédite pour beaucoup de Français, il a un goût amer de déjà-vu à La Réunion. Il y a dix-huit mois, l’économie réunionnaise avait été paralysée par le mouvement des gilets jaunes, de façon bien plus violente qu’en métropole. Pendant plus de deux semaines, l’île avait été à l’arrêt. Les contestataires bloquaient les principaux axes de circulation, notamment les ports et les aéroports, stoppant l’approvisionnement. Des artisans privés de matières premières, des salariés qui ne pouvaient pas se rendre sur leur lieu de travail, des agriculteurs qui voyaient leurs champs pourrir et leurs bêtes maigrir, les rayons de supermarchés vides, les stations-service et les écoles fermées, les routes bloquées, et même l’instauration d’un couvre-feu, une mesure unique en France. Au bord de l’implosion, la population réunionnaise s’élevait notamment contre le coût excessif de la vie sur l’île. Le budget moyen pour un ménage est 7 % plus élevé qu’en métropole, alors que le revenu médian y est inférieur de 30 %. C’est dans ce contexte insurrectionnel que Jean-Charles Nagou, artisan local, avait créé Entreprises en détresse, un collectif visant à accompagner et à porter la voix des petites entreprises réunionnaises. Un des objectifs : mettre en place une cellule d’écoute et d’accompagnement pour les plus vulnérables.

À l’heure du coronavirus, Nagou a jugé indispensable de réveiller ce collectif et d’offrir, entre autres, une oreille attentive à ces Réunionnais en détresse. « Tous les jours, je reçois des appels de chefs d’entreprise au bord du suicide », confie l’artisan. Une façon de « rassembler pour sortir de l’isolement », selon les mots de Karine Infante, restauratrice dans la ville du Port, membre active du collectif.

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