Un barrage tout contre l’extrême droite

Dans la vraie vie, rappelons-nous, c’est Emmanuel Macron qui a voulu célébrer Charles Maurras.

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Emmanuel Macron, devenu chef de l’État français en 2017 par le hasard d’un face-à-face avec la Pen, n’a de cesse, depuis lors, de suggérer que la prochaine élection présidentielle le confrontera de nouveau à la candidate du Rassemblement national – et qu’il est par conséquent notre dernier rempart contre l’extrême droite.

La vérité, cependant – et comme toujours avec ce président qui pratique l’orwellisme comme jamais personne auparavant –, est beaucoup moins contrastée.

Dans la vraie vie, rappelons-nous, c’est son gouvernement qui, en 2018, a voulu célébrer, dans le cadre des commémorations nationales prévues cette année-là, Charles Maurras, inventeur de l’antisémitisme d’État – mais aussi Jacques Chardonne, écrivain antisémite, collaborationniste convaincu et auteur notamment, au mois de novembre 1940, de cette si parlante profession de foi : « Pétain est le seul grand. Je le trouve sublime. Il est toute la France. Je vomis les juifs, Benda et les Anglais – et la Révolution française. C’est une grande date que 1940. »

Dans la vraie vie, rappelons-nous, c’est Emmanuel Macron qui, la même année, a voulu aussi honorer la mémoire du « grand soldat » Pétain.

Dans la vraie vie, rappelons-nous : c’est Emmanuel Macron qui, au mois d’octobre dernier, a accordé un entretien au (très) long cours à l’hebdomadaire « ultraconservateur » (comme dit la presse comme il faut) Valeurs actuelles, qui s’est depuis quelques années spécialisé dans la confection de couvertures abjectes (1) sur – notamment – les Roms, les migrant·es, les musulman·es ou le philanthrope juif George Soros, et qui, dans le moment où paraissait ledit entretien, a également publié, dans un numéro hors-série consacré à « l’Algérie française », un odieux portrait de l’historien Benjamin Stora, à propos duquel ce dernier a considéré, sur son blog, qu’il s’agissait d’«une description s’inscrivant dans la tradition classique antisémite des “juifs de cour” que l’on pouvait lire dans la presse d’extrême droite au moment de l’affaire Dreyfus, par exemple à propos de Bernard Lazare (2) ».

Dans la vraie vie, rappelons-nous, on s’en parlait ici même la semaine dernière, c’est encore Emmanuel Macron qui a récemment téléphoné au baratineur d’extrême droite Éric Zemmour, plusieurs fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse, pour l’assurer de son plein soutien après que cet insulteur en série avait été pris à partie par un passant dans une rue de Paris.

Et la semaine dernière, c’est toujours le même Macron qui a accédé à la demande que lui faisait son ami le vicomte Villiers, bonimenteur identitaire, de rouvrir le Puy du Fou – quand tant d’autres lieux d’importance restent fermés.

Dans la vraie vie, en somme, le chef de l’État français n’est pas vraiment contre l’extrême droite : il serait plutôt (et de plus en plus) tout contre.

(1) Qui ont valu à l’un de ses ex-directeurs d’être deux fois condamné pour provocation à la discrimination.

(2) « À propos d’un article paru dans le hors-série de Valeurs actuelles, octobre 2019 », https://benjaminstora.univ-paris13.fr


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