Champions du monde

MM. Raoult et Onfray semblent s’accommoder facilement d’encombrantes compagnies.

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Adoncques, le docteur (en médecine) Didier Raoult – à propos de qui le camarade Sieffert a récemment dit dans ces pages tout ce qu’il y avait à dire sur le sujet de ses brigues médicinales par (mauvais) temps de pandémie – comptera au nombre des collaborateurs de la revue Front populaire, que lance ces jours-ci le docteur (en philosophie) Michel Onfray.

Cela n’est, de vrai, pas complètement surprenant, car Raoult et Onfray partagent plusieurs traits communs.

D’une : ils sont, l’un et l’autre, régulièrement pris d’enfièvrements qui les plongent dans un état d’exaltation un peu intimidant – où l’un déclame très sérieusement qu’il est le « champion du monde » de l’infectiologie quand l’autre, chez qui l’acmé de l’aventure consiste à papoter avec ses potes éditocrates, proclame sans rire qu’il est d’antique souche « viking ».

De deux : ils ne dédaignent pas de se (laisser) présenter – selon un procédé cher aussi aux démagogues – en adversaires d’un « système » dans lequel, dans la vraie vie, et tout au rebours donc de ce que suggère cette posture, ces deux mandarins sont, l’un comme l’autre, très confortablement calfeutrés.

De trois, et pour finir : l’un et l’autre semblent s’accommoder facilement d’encombrantes compagnies. M. Raoult, par exemple – qui a pourtant su ménager dans cette même période quelques longues plages horaires pour sa promotion médiatique –, n’a pas (encore) trouvé le temps, depuis le début de l’épidémie, de répudier l’ovation que lui font de larges pans de la droite réactionnaire.

Et quant à M. Onfray, son cas est encore différent : comme l’a récemment constaté Le Monde (1) – dont les révélations l’ont, semble-t-il, précipité dans un abîme de fureur –, la liste des donateurs et donatrices qui ont participé financièrement au lancement de sa revue (2) compte plusieurs contributeurs d’extrême droite.

Mais cet appui marqué ne semble nullement l’affecter : plutôt que de le refuser, il a produit, peu après la publication de l’article du Monde, une réponse furibarde, aussitôt acclamée par la presse chauviniste, dans laquelle il use avec une légèreté quelque peu étonnante de mots pourtant chargés, comme « les panzers et le camp d’extermination, la Shoah et la chambre à gaz, le zyklon B et la Luftwaffe »__.

Mais quelques jours plus tard, il avait recouvré plus de sérénité, et c’est avec beaucoup de complaisante bienveillance qu’il a, sur le plateau de l’une des chaînes de télévision grand public où ce réprouvé du système est constamment invité, bavardé pendant presque une heure – de grande écoute – avec un laïusseur d’extrême droite plusieurs fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse.

(1) « Avec sa nouvelle revue Front populaire, Michel Onfray séduit les milieux d’extrême droite », par Abel Mestre et Lucie Soulier, Le Monde, 19 mai 2020.

(2 ) Son « mook », comme il l’appelle – à la fin, peut-être, de montrer au monde qu’il a, au fil des siècles, laissé entrer un peu de modernité dans son drakkar.


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