La pandémie de pauvreté et de famine qui vient

130 millions de personnes supplémentaires en situation de famine entre début mars et fin 2020.

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Le terme médical de pandémie est inexact pour qualifier des désastres humains provoqués par les politiques néolibérales destructrices des solidarités capables d’éradiquer la pauvreté et la faim dans le monde, virus ou pas. C’est cependant une image utilisée par des institutions internationales qui sonnent l’alarme. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, le nombre de personnes confrontées à une «insécurité alimentaire aiguë », synonyme de famine, pourrait doubler et atteindre 265 millions de personnes en 2020 « en l’absence de mesures rapides ». Selon le directeur du PAM s’exprimant devant le Conseil de sécurité, « nous sommes au bord d’une pandémie de faim ». Avec 130 millions de personnes supplémentaires en situation de famine entre début mars et la fin 2020, cela ferait environ 450 000 de plus par jour en moyenne, cinq fois plus que le nombre de nouveaux cas de contamination quotidienne par le virus au plus fort de l’épidémie, 45 fois plus que le nombre maximum de décès quotidiens qui lui ont été liés (le 30 avril).

Dans le Financial Times, le directeur de la Banque mondiale va dans le même sens : « Jusqu’à 60 millions de personnes [supplémentaires] seront plongées dans l’extrême pauvreté par les conséquences économiques de la crise du coronavirus, et les efforts actuels de redressement ne sont pas suffisants. »

Tout indique que, sans des interventions politiques pour l’instant très insuffisantes, cette « pandémie sociopolitique » fera beaucoup plus de victimes que celles attribuées au Covid-19. Le cas de l’Inde fait partie des plus inquiétants. Dans ce pays, une phrase revient sur toutes les lèvres : « Nous mourrons de faim plutôt que du virus. » C’est la même chose en Afghanistan, au Yémen, en République démocratique du Congo, au Venezuela, au Soudan, pays jugés les plus vulnérables.

La scientifique et militante altermondialiste Vandana Shiva résume bien la nature politique du drame : « Nous assistons à trois pandémies simultanément. La première est la pandémie du coronavirus. La deuxième est la pandémie de la faim. La troisième est la pandémie de destruction des moyens de subsistance. […] Ces trois pandémies trouvent leur origine dans un modèle économique fondé sur les profits, la cupidité et l’extractivisme, qui a accéléré la destruction écologique, aggravé la perte des moyens de subsistance, accru les inégalités économiques et polarisé et divisé la société en 1 % et 99 %. […] Après le Covid-19, régénérons l’économie en ayant conscience que […] nous sommes des êtres écologiques et biologiques, que le travail est notre droit et qu’il est au cœur de l’être humain, et que prendre soin de la Terre et des autres est le travail le plus important. »

Dans les pays dits développés ou riches, les choses sont à la fois très différentes et à certains égards semblables. Pour reprendre le titre d’un article de Laurent Mauduit (Mediapart, 14 mai), c’est « le tsunami social qui vient », avec son cortège de licenciements en cascade, de pauvreté accrue et de files qui s’allongent aux distributions d’aide alimentaire. Dans ce cas aussi, tout dépend et dépendra de l’existence ou non de politiques publiques de solidarité.


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