La Pologne entre droite et extrême droite

Le peuple polonais avait à choisir entre un tenant du libre-échange (néo)libéral et un réac pur sucre.

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Nous l’écrivions déjà il y a quinze jours : le second tour de l’élection présidentielle polonaise avait de quoi déprimer l’ensemble des progressistes, des « peuples de gauche », des écolos et autres défenseurs des droits humains, en particulier des personnes LGBT. Son issue en est presque plus déprimante encore, avec la victoire – plutôt de justesse – du président sortant Andrzej Duda, du parti conservateur-nationaliste polonais Droit et justice (PiS), quasi-potiche du véritable homme fort de la vie politique du pays, le redoutable Jaroslaw Kaczynski. Avec un peu plus de 51% des voix, Duda a donc réussi à battre l’actuel maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, sorte de play-boy branché façon Kennedy, supposé progressiste sur les questions sociétales et pro-européen, mais surtout ultra-libéral en matière économique et sociale.

Le peuple polonais, qui s’est massivement déplacé aux urnes ce 12 juillet (68% de participation, soit la plus importante depuis l’élection historique de 1989, à la chute du système communiste pro-soviétique), avait à choisir entre un tenant du libre-échange (néo)libéral et un réac pur sucre, populaire dans la très catholique ruralité polonaise, dont toute la campagne, teintée d’antisémitisme, s’est principalement résumée à une litanie d’attaques (ignobles) à l’encontre des personnes LGBT. À l’instar de cette déclaration : « Les LGBT ne sont pas des êtres humains, mais une idéologie »… La Pologne se retrouve donc littéralement coupée en deux. D’un côté, celle, très croyante, des campagnes et des personnes âgées, qui a voté environ à 65% pour Duda, d’abord située dans la moitié est du pays. De l’autre, celle des grandes villes et de l’ouest (regardant vers l’Union européenne), et de la jeunesse, qui a voté à plus de 65% pour Trzaskowski.

L’une des caractéristiques de cet affrontement est que, par rapport aux autres pays européens, la tendance la plus réac n’attaque que peu les migrants ou les musulmans, mais principalement les personnes LGBT, en tant que catégorie à exclure pour rassembler « les honnêtes gens ». L’autre caractéristique, malheureusement plus classique aujourd’hui, est d’assister à une opposition entre un conservatisme réac nationaliste, raciste et anti-gay, et un néolibéralisme jouant sur un « en même temps » entre libéralisme sociétal et laisser-faire économique, les deux s’alimentant (par réaction) l’un l’autre. Le duel Macron-Le Pen de 2017 fut somme toute assez semblable, tout comme celui de 2016 entre Trump et Clinton. Dans tout cela, où est la gauche ? Il serait temps qu’elle se réorganise… et réapparaisse avec force propositions et candidat·es.


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