L’effet papillon du Covid-19

La crise nécessite des politiques structurelles.

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Une mutation d’un virus Sars-CoV est en train de produire un effet papillon, celui de la sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos, où un événement a priori anodin, et surtout non détecté à son origine, produit par un processus d’enchaînement d’événements des effets chaotiques (1). Il y a tous les ans des millions de mutations génétiques et elles n’affectent pas pour autant le devenir de l’humanité, surtout avec une telle célérité. C’est la première épidémie qui aura émergé aussi rapidement et à l’échelle planétaire, même si des études récentes donnent à penser qu’il faut remonter au-delà de novembre 2019 et peut-être ailleurs qu’en Chine. Mais le fait est là, ce virus déstabilise toutes les couches de ce que Wladimir Vernadsky appelait la biosphère (2). Nous sommes plus que jamais à l’âge de l’anthropocène. Les êtres humains interagissent avec la géologie, les écosystèmes, la biologie, etc, et les effets sur l’économie dans les États de tous les continents n’ont jamais été aussi délétères.

Plus qu’un virus adapté au capitalisme, ce virus est en train de révéler toutes les faiblesses des sociétés humaines. Jamais il n’y a eu autant de contaminations, plus de 200 000 par jour dans le monde ; 600 000 morts ont été dénombrés et le chiffre est sans doute sous-estimé. De nombreux pays ou régions ont vu imploser leur système de santé, ceux qui ont subi une première vague sont confrontés à des résurgences, et de nombreux modèles prévoient des vagues plus meurtrières. Mais, à l’heure qu’il est, toutes les estimations font de cette crise la pire. Plus personne ne peut ignorer son caractère systémique. Le choc de l’épidémie et du confinement a fragilisé un grand nombre de secteurs, notamment les industries exportatrices, les microentreprises, les PME et les ménages à bas revenus. La paupérisation tant de nombreux pays que de millions de personnes est un facteur supplémentaire de déstabilisation.

La déstabilisation économique et sociale a des effets politiques inquiétants. Même si les différents gouvernements et institutions internationales ont accompagné les entreprises et les populations en dérogeant aux politiques néolibérales, cela n’a pour effet que de limiter la crise, qui aggrave les inégalités. Face à cela, les risques n’ont jamais été aussi élevés d’un chaos destructeur. La crise nécessite des politiques structurelles, comme le préconise en France la proposition d’organisations syndicales ou associatives (Attac, CGT, DAL Greenpeace, Oxfam, Solidaires…) « Plus jamais ça : 34 mesures pour un plan de sortie de crise ». Mais, souvent, les gouvernements préfèrent la fuite en avant des mesures autoritaires restreignant les libertés publiques et l’appel à la police pour contrôler les mouvements sociaux, voire ils accentuent les conflits interétatiques.

Les conditions d’une déstabilisation planétaire sont là depuis longtemps, conséquence d’un modèle productiviste et antisocial de plus d’un siècle. Il a suffi d’une étincelle pour que l’humanité soit confrontée à un choix entre la barbarie d’une implosion en cours ou le choix d’un modèle écologique qui réduise les inégalités entre les êtres humains et préserve la paix dans de nombreuses régions du monde.

(1) « Un battement d’ailes de papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? », Edward N. Lorenz, Alliage n° 22, 1993. Traduction française du texte d’une conférence de 1972.

(2) La Biosphère, 2e édition revue et augmentée, Seuil, 2002 [1929].


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