À quoi vous attendiez-vous ?

Le nouveau maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, annonce que la ville n’installera pas le traditionnel grand sapin de Noël. Sacrilège ! Blasphème !

Agathe Mercante  • 16 septembre 2020
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À quoi vous attendiez-vous ?
© Philippe LOPEZ / AFP

Pour celles et ceux qui ne l’ont jamais vue, la marque de sodas Schweppes diffuse des spots publicitaires sensuels – et sexistes, mais passons. On y voit Penelope Cruz, dans un bar, s’approcher d’un comptoir où est assise une femme plus jeune, visiblement sous son charme. Arrivée au zinc, elle s’approche de l’autre au point que l’on se demande si elles vont s’embrasser, mais, au dernier moment, l’actrice se saisit d’une bouteille de Schweppes, dont elle prend une gorgée avant de regarder la caméra pour déclarer, la voix suave : « What did you expect ? » (« À quoi vous attendiez-vous ? »). C’est un peu ce qu’inspirent les polémiques autour des décisions prises par les nouveaux maires et majorités écologistes à la tête, depuis juin, de certaines grandes villes.

La semaine dernière, le nouveau maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, annonce que la ville n’installera pas le traditionnel grand sapin de Noël. Sacrilège ! Blasphème ! L’annonce a secoué tout le petit monde politico-médiatique. À 800 kilomètres de là, Xavier Bertrand a décrété que, selon lui, cette tradition faisait « le ciment d’une société ». Un ciment vraiment, cet arbre sans racines au pied duquel seront déposés par un vieil homme en rouge – plus ou moins créé par Coca-Cola – des centaines de cadeaux jetables ? Je ne crois pas.

Pas plus que ne l’est le Tour de France, autre sujet de polémique en ce mois de septembre. Cet été, Rennes avait refusé d’être la ville de départ de la Grande Boucle, invoquant une facture trop lourde (700 000 euros) pour le budget municipal. Sans parler des tonnes de déchets et de l’empreinte carbone de l’événement. Même son de cloche à Lyon, où Grégory Doucet, nouveau maire de la ville, a jugé que la course cycliste était « machiste » et « polluant[e] ». Sacrilège, épisode 2 ! Que la caravane distribue à loisir des « goodies » en plastique produits en Chine, roule aux énergies fossiles ou qu’il n’existe plus de version féminine (depuis 2010) de la course ne semble déranger personne. « Aujourd’hui, la parité est respectée. Sur le podium, il y a un homme et une femme », a plaidé… François Hollande ! Comme si ajouter de la mixité dans la fonction d’hôtesse, essentiellement figurative, était une avancée. Bravo Monsieur le Président !

L’écologie politique s’est construite autour de trois pôles : la lutte contre le nucléaire, celle pour les libertés démocratiques et le féminisme. Rien d’étonnant alors, à ce que les élu·es qui en sont issu·es défendent ces valeurs avec radicalité. L’écologie municipale, ce n’est pas planter des arbres dans une contre-allée piétonnisée, c’est proposer un nouveau projet de société. La sobriété en fait partie, dût-on commencer par s’attaquer à des symboles, et donc au sexisme et au consumérisme.

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Parti pris

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