L'esprit Bedos n'est pas mort

Après sept mois d’une crise sanitaire à durée indéterminée, la politique de gribouille du gouvernement génère une tension grandissante.

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Nicolas a du talent, et il porte au moins en héritage une part de celui qui rendait Guy indispensable : une grande liberté d’esprit et une grande gueule pour le dire. Le 24 septembre, Nicolas Bedos se fend d’une diatribe torrentielle où il invite à « arrêter tout ». Les masques, les confinements (« excepté face à vos parents très fragiles »). Vivez à fond, lâche-t-il, « nous devons désormais vivre, quitte à en mourir ». Les sarcasmes ont déferlé. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, parle d’« effet de tribune » et d’« exutoire personnel ». Bref, Bedos est irresponsable, bobo lamentable qui fait si peu de cas de la circulation du virus et de la menace d’une deuxième vague.

Mais qu’entend-on, sous la forme, de ce ras-le-bol dont il se fait l’aboyeur ? Qui monte dans les rues, même vides, où le masque est obligatoire. Dans ces bars fermés à 22 heures, quitte à renvoyer leur clientèle vers des espaces hors de contrôle. Dans la bouche des maires apprenant une heure avant l’annonce ministérielle que leur ville est placée en alerte renforcée ou plus. Et quel but poursuit Paris à stigmatiser une fois de plus Marseille (avec Aix), seule zone métropolitaine sous « alerte maximale » ?

Après sept mois d’une crise sanitaire à durée indéterminée, la politique de gribouille du gouvernement génère une tension grandissante, où la menace (attention, on va re-confiner) alterne avec l’autoritarisme. Les ministres ânonnent ad libitum que le virus est toujours là, ce que nul ou presque n’ignore. Comme si le besoin de vivre à peu près normalement, malgré le risque (et il y en a bien d’autres), n’était pas aussi une priorité sanitaire. Les consultations psycho-sociales sont en forte hausse, ce que des spécialistes relient à un climat Covid anxiogène, dominé par des injonctions négatives.

Et puis la crédibilité de la parole publique n’en finit pas de se dégrader. Le Gersois Castex n’a-t-il pas été choisi pour jouer la concertation avec les territoires ? Lui qui avoue n’avoir pas téléchargé l’application Stop Covid, que le gouvernement présentait comme un pilier de cette responsabilisation à laquelle le Premier ministre exhorte les Français·es… Lundi circulait l’image de ministres se rendant au Conseil des ministres en grappe et sans masque.

Sibeth Ndiaye, qui reste décidément une excellente porte-parole du gouvernement tant elle en livre sans filtre le fond de la pensée, déclarait la semaine dernière à la commission sénatoriale enquêtant sur la gestion de la crise sanitaire que la critique des mesures de l’exécutif, au début de l’épidémie, tient à un « défaut d’acculturation scientifique de la population française ». Un mépris qui a visiblement toujours cours au sein du gouvernement.


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