Miossec : « J’ai vraiment envie d’aller au charbon »

Rencontre avec l’auteur-compositeur-interprète Miossec à l’occasion de la réédition de Boire, son renversant premier album sorti en 1995, et de la tournée généreuse qui s’ensuit.

Vingt-cinq ans après, Boire continue à procurer une griserie immédiate et durable. Mû par une puissante dynamique intérieure, l’album déverse treize chansons à fleur de peau, qui jaillissent avec l’absolue clarté de l’évidence. Gorgées de poésie crue, les paroles exsudent une totale liberté de ton et leur force expressive se décuple au contact d’une musique idéalement accordée – un folk-rock minimaliste, sans batterie, aux arrangements discrets mais riches de nuances profondes. À la fois fougueux et contenu, abrupt et délicat, sec et dru, l’ensemble s’avère d’une frappante singularité.

Largement acclamé à sa sortie, au début du printemps 1995, l’album révèle en Christophe Miossec un auteur-compositeur-interprète de premier plan et l’impose d’emblée comme l’une des grandes figures de la nouvelle chanson française alors en plein essor, aux côtés notamment de Dominique A et de Philippe Katerine. Il compte aujourd’hui onze albums studio à son actif et, sans jamais avoir encore retrouvé l’état de grâce initial, se montre régulièrement très inspiré, en particulier sur Brûle (2001), 1964 (2004), L’Étreinte (2006) et Ici-bas, ici même (2014).

Pour fêter les 25 ans de Boire, l’album est réédité dans une version remastérisée, accompagnée d’un fastueux livret. Cette célébration donne également lieu à une tournée intitulée Boire, Écrire, S’enfuir, qui démarre le 24 septembre à Brest (la ville natale de Miossec) et va s’étendre jusqu’en juin 2021 – si tout se passe bien… En outre, paraît ces jours-ci le maxi 45 tours Falaises !, conçu et enregistré par le chanteur avec Mirabelle Gilis, jeune musicienne rencontrée en 2015 et devenue sa compagne. Contenant quatre chansons délicatement escarpées et teintées d’une douce mélancolie, ce disque s’ouvre avec « En », splendide ballade en apesanteur qui scelle en beauté l’union de leurs deux cœurs et de leurs deux voix.

Commençons par un flash-back. Nous sommes en avril 1995, vous avez 30 ans, vous publiez votre premier album. Que ressentez-vous et qu’espérez-vous ?

J’éprouve avant tout un grand sentiment de libération. À cette époque, 30 ans me semblait un peu l’âge limite pour faire de la musique. J’avais travaillé intensivement pendant trois ans sur des maquettes de chansons, en progressant très lentement, et j’étais vraiment soulagé d’arriver enfin à sortir un album. Pour la suite, j’avais comme principal horizon de faire des concerts à travers toute la Bretagne, ce qui pouvait me permettre de gagner ma vie avec ma musique.

Du coup, l’accueil très favorable réservé à l’album, par la critique autant que par le public, a dû largement dépasser vos espérances. Comment avez-vous réagi à cette reconnaissance ?

Sur le moment, je n’en ai pas réellement pris la mesure. À vrai dire, je trouvais même les bonnes critiques presque louches. J’étais le nez dans le guidon et je n’avais qu’une hâte : faire un deuxième disque.

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