Algérie : L’espoir en robe noire

Des centaines d’avocats défendent bec et ongles les opposants du Hirak, réprimés par le régime. Ils profitent de chaque procès pour faire celui de la justice, dans un système aux ordres.

Depuis neuf ans, Amirouche Bakouri est avocat à la cour de Bejaïa et membre, depuis sa création, du Comité des avocats. Il se souvient du moment où il a annoncé à son père qu’il souhaitait être, comme lui, avocat. « Mon père m’a juste demandé si j’étais “prêt à vivre parmi les loups ou à être un loup”. Je ne souhaitais être ni l’un ni l’autre. Depuis, j’exerce et je me suis toujours consacré aux droits de l’homme. » Sans doute la meilleure réponse qu’il pouvait donner à son père. Un combat qui, dans l’Algérie de Bouteflika, était compliqué car les avocats épris de liberté étaient vus comme des fauteurs de troubles.

« En 2019, les choses ont changé. Les procès du Hirak sont devenus des affaires nationales. Dans chaque barreau d’Algérie, au moins une dizaine d’avocats sont prêts à défendre bénévolement les détenus d’opinion. C’est un acquis majeur de la révolution du 22 février. Dans la wilaya de Béjaïa, il y a une quarantaine de personnes poursuivies pour “atteinte à la personne du président”, “appel à attroupement non-armé”, ou encore “atteinte à l’unité nationale”. Des poursuites devenues classiques. Mais ces chefs d’inculpation, pour nous avocats, sont inacceptables dans “l’Algérie nouvelle” », ironise Amirouche Bakouri. Antienne du nouveau président, désireux de se démarquer de l’ère Bouteflika, l’expression « l’Algérie nouvelle » est moquée par de nombreux Algérien·nes.

Depuis l’élection à la présidence du pays d’Abdelmajid Tebboune, le 12 décembre 2019, le pays connaît une nouvelle vague de répression. Manifestants, militants, journalistes et opposants politiques sont systématiquement arrêtés avec pour principaux chefs d’inculpation les articles 78 et 96 du code pénal, qui encadrent l’atteinte à « l’unité nationale » et « l’intérêt national », ainsi que l’article 100 (« appel à attroupement non armé »). Les condamnations se multiplient, de quatre mois jusqu’à deux ans de prison. Une offensive qui témoigne de la volonté du système d’entraver le processus révolutionnaire du Hirak et d’asseoir le pouvoir du président Tebboune, très mal élu après plus de quarante semaines de mobilisations massives. Dès la chute de Bouteflika, en avril, le chef d’État-major Gaïd Salah s’est emparé de la réalité du pouvoir et a lancé en juin une première vague de répression des manifestants, arrêtés pour port du drapeau amazigh, pancartes, vente de pin’s, etc.

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