Arménie : Pachinian dans la tourmente

Le Premier ministre arménien survivra-t-il à la défaite de ses troupes dans le Haut-Karabakh ?

Patrick Piro  • 11 novembre 2020
Partager :
Arménie : Pachinian dans la tourmente
© John MACDOUGALL / AFP

Le Premier ministre arménien survivra-t-il à la défaite de ses troupes dans le Haut-Karabakh ? Ce 9 novembre, il a dû concéder l’arrêt total des armes dans ce territoire peuplé d’Arménien·nes enclavé en Azerbaïdjan. Sur le terrain, après six semaines de guerre, l’armée de Bakou a conquis la ville de Chouchi, verrou décisif sur la route de Stepanakert. La population civile de la capitale de la République autoproclamée d’Artsakh avait d’ailleurs été précipitamment évacuée vers l’Arménie.

C’est Poutine qui a décidé de la fin des hostilités. Alors que les trois cessez-le-feu obtenus sous l’égide du groupe conciliateur dit « de Minsk » (États-Unis, France, Russie) n’ont jamais été respectés, Moscou a imposé un gel de la ligne de front en déployant 2 000 soldats dans la zone, pour cinq ans au moins. Les portions reconquises dans le Haut-Karabakh (le quart sud et une frange au Nord), ainsi que le glacis qui l’accolait à l’Arménie depuis la victoire de 1994, sont octroyées à Bakou. Reste un corridor, pour relier le territoire à sa mère-patrie.

La Russie fait un retour en force dans le conflit, après avoir laissé l’Azerbaïdjan et son allié turc déployer leur avantage militaire. Une froide realpolitik : Moscou, bien que lié à Erevan par un accord militaire mais en bons termes avec le dictateur Aliyev au pouvoir à Bakou, s’est gardé de voler au secours d’un territoire « arménien » dont l’indépendance n’est pas reconnue à l’international. Et Poutine n’a jamais fait de cadeaux au libéral Pachinian. Le Premier ministre arménien, élu en 2018 en promettant de lutter contre la corruption, apanage d’élites politico-économiques très pro-Moscou, avait lorgné un temps vers des appuis plus occidentaux.

Dans la nuit de lundi, des centaines de manifestants ont forcé le siège du gouvernement et du Parlement. Une crise politique majeure semble inéluctable. Pachinian est notamment accusé par son opposition, menée par des « faucons », d’avoir caché la vérité militaire et sacrifié en vain des milliers de vies. Tous côtés confondus, 5 000 soldats seraient morts.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don !

Envie de soutenir le journal autrement qu’en vous abonnant ? Faites un don et déduisez-le de vos impôts ! Même quelques euros font la différence. Chaque soutien à la presse indépendante a du sens.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Birmanie : « Nous gagnerons car nous n’avons pas le choix »
Résistance • 25 janvier 2023 abonné·es

Birmanie : « Nous gagnerons car nous n’avons pas le choix »

Deux ans après le coup d’État militaire, le mouvement de résistance pro-démocratie ne fléchit pas. Cependant, l’issue de sa lutte dépend du renforcement des soutiens extérieurs, jusque-là timides.
Par Patrick Piro
« La France n’a pas accompagné la démocratisation de l’Afrique de l’Ouest »
Entretien • 4 janvier 2023 abonné·es

« La France n’a pas accompagné la démocratisation de l’Afrique de l’Ouest »

Le chercheur béninois Francis Laloupo étudie depuis longtemps les enjeux géopolitiques de l’Afrique et les conflits qui y émergent, particulièrement en Afrique de l’Ouest. Cette région connaît aujourd’hui des soubresauts qui contrecarrent ses avancées vers la démocratie. L’ex-colonisateur français en porte une responsabilité non négligeable, estime le chercheur.
Par Patrick Piro
Droits des femmes et LGBT+ : la menace Meloni
Monde • 14 décembre 2022 abonné·es

Droits des femmes et LGBT+ : la menace Meloni

Depuis l’élection du gouvernement d’extrême droite en Italie, les mouvements pro-vie et anti-genre prennent de l’ampleur et s’emploient à infléchir la législation dans le sens de leurs combats.
Par Irene Fodaro
De la Syrie à l’Irak, les Kurdes sous les feux croisés turcs et iraniens
Répression • 9 décembre 2022 abonné·es

De la Syrie à l’Irak, les Kurdes sous les feux croisés turcs et iraniens

Accusés de tous les maux par Ankara et par Téhéran, les partis d’opposition et les groupes rebelles kurdes vivent des heures très difficiles en Irak et en Syrie. Si la « communauté internationale » ne cache pas sa préoccupation, personne ne semble en mesure de mettre fin à un cycle devenu infernal. Décryptage.
Par Laurent Perpigna Iban