CM2, âge mûr pour le terrorisme

La force publique a été requise parce que ces élèves de CM2 auraient commis une « apologie du terrorisme ».

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À l’heure où les enfants dorment encore, tôt jeudi 5 novembre, des escouades de policiers cagoulés tambourinent à la porte de quatre appartements de la cité des Contamines à Albertville. On vient saisir au saut du lit une fille et trois garçons de 10 ans. La force publique a été requise parce que ces élèves de CM2 auraient commis une « apologie du terrorisme » et des « menaces de mort ». Deux jours plus tôt, leur instituteur avait trouvé une lettre où était écrit « T mort », au lendemain de l’hommage rendu à Samuel Paty. Les enfants en auraient d’une certaine manière justifié l’abject assassinat – à lire le procureur –, argumentant qu’offenser le Prophète est interdit, et que leur instituteur serait mort lui aussi s’il présentait à ses élèves des caricatures de Mahomet, comme l’avait fait le professeur de Conflans-Sainte-Honorine. Les termes exacts, et donc leur portée objective, ne sont pas certains. À aucun moment cependant n’ont été esquissées de menaces directes envers l’enseignant – le procureur est revenu sur sa première formulation qui l’affirmait abusivement. Il n’empêche : les quatre présumés apologues précoces ont subi neuf heures de « retenue judiciaire » pour interrogatoire. Perquisitions. Les familles, d’origine turque, ont été questionnées. Résultat : rien, aucun signe de radicalisation ni de lien avec la lettre. Une polémique enfle, poussant le ministère de l’Intérieur à démentir que la police ait fait usage « d’une force démesurée » : « Elle a fait son travail, dans le respect de la loi. »

Et c’est bien ce qu’il y a de glaçant, dans cette latitude offerte par les politiques aux forces de répression, s’autorisant un procédé qui évoque l’arrestation des familles juives par la police pétainiste. On avait senti se préparer la main implacable du caporal Blanquer, signalant « environ 400 violations » de la minute de silence imposée lundi 2 novembre dans les classes, classées en refus de participer, perturbation et donc « apologie du terrorisme », pour une dizaine de ces « incidents ». Des rires ? Des bravades entre camarades ? Pour chaque cas, des poursuites disciplinaires, voire pénales, ont été engagées. À Albertville, cette délirante logique voudrait désormais que l’enquête recherche des mentors parmi les camarades d’école, de quartier, etc. Les pré-terroristes en culottes courtes sont terrorisé·es. L’un refait pipi au lit, d’autres ne veulent plus retourner à l’école, dorment mal. Deux semaines de dispense médicale. Ah, la fillette est finalement « hors de cause », a dit le procureur. Aucun terme du lexique qui pave l’entrée en criminalité ne leur aura été épargné. Les trois garçons se sont « excusés ». Pas la République.


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