Dans l'Aveyron, en première ligne pour les nouveaux précarisés

L’afflux massif de demandeurs d’aide enregistré par les associations caritatives lors du premier confinement n’est que l’arbre qui cache la forêt. Dans l’Aveyron, une pauvreté s’enracine, et la crise sociale ne devrait rien arranger.

Renaud* a 38 ans et le crâne rasé. Quand il passe la porte du Secours populaire de Villefranche-de-Rouergue, dans l’ouest aveyronnais, il esquisse un sourire poli, parle d’une voix basse et calme, garde ses mains dans les poches. Sa posture – il est recroquevillé sur lui-même – montre qu’il ne fait pas partie des « habitués ». Ceux que les bénévoles appellent par leur nom, dont ils connaissent les préférences alimentaires et la composition de la famille. Déjà venu avec sa femme et ses quatre enfants, Renaud vient pour la première fois chercher de quoi s’alimenter pour lui seul. Des légumes frais de saison, issus de la filière biologique locale et payés par la région. Des produits de première nécessité comme de l’huile, des pâtes, du café ou de la farine.

Lors du premier confinement, l’usine de menuiserie dans laquelle Renaud travaille depuis cinq mois ferme temporairement ses portes. Il avait beau occuper un poste « spécial », « avoir été formé à un outil spécifique », son contrat d’intérimaire le laisse sur le carreau. Sans donner de chiffres exacts, il explique que cette situation lui fait perdre quelque 300 euros de revenu mensuel. Depuis l’été, il est séparé, « mais en bons termes », de la mère de ses enfants, qui conserve les prestations sociales, ayant les enfants à charge. Malgré quelques missions courtes depuis la fermeture de l’usine, il « n’arrive pas à sortir la tête de l’eau ». Il ironise, dit qu’il « coche toutes les cases ». Il fait partie « des gens sur le fil depuis déjà quelque temps », que la crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales ont fait plonger, expliquent les acteurs associatifs. Soit les travailleurs en contrat précaire, les saisonniers, les jeunes et les retraités. « Des femmes dont le temps partiel est passé de douze heures à quatre heures par semaine », « un jeune qui perd son job étudiant », « une mère de famille dont le fils de 20 ans doit revenir à la maison faute de pouvoir se payer son logement ».Les personnes devant subitement s’en remettre aux aides sociales, que le temps de latence des administrations laisse sur la paille. Celles qui se sont séparées et n’arrivent plus à subvenir seules à leurs besoins.

Des situations rappelant que la pauvreté existe bel et bien dans ce département pourtant présenté comme résilient et encaissant bien les coups. Au premier trimestre 2020, le taux de chômage y était plutôt bas : seulement 4,9 % dans le bassin d’emploi de Rodez selon la Direccte Occitanie (1). Et si le taux de bénéficiaires du RSA y est deux fois moins élevé que la moyenne du pays, le nombre d’allocataires a augmenté de 11 % depuis mars, dans le sillage national (2).

La pression a certes été moins forte pendant l’été. Mais, depuis le début du deuxième confinement, l’antenne villefranchoise du Secours populaire et sa responsable, Brigitte Charles, continuent d’accueillir de nouvelles têtes.

Il reste 73% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Assurance-chômage : la grande loterie

Tribunes accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.