Un plan médias cinq étoiles

« Les Français réclament de l’autorité », ça tombe bien, le général Pierre de Villiers en a à revendre.

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Je peux bien l’avouer, maintenant que tout rentré dans l’ordre : samedi matin – 5 décembre 2020 –, je suis passé par un tout petit moment d’inquiétude quand je me suis aperçu que ça faisait presque une journée entière que je n’avais plus lu dans la presse mainstream le moindre portrait ni la moindre interview de Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon, also known as le général (cinq étoiles) Pierre de Villiers. (Qui est, comme on sait, le frère cadet de Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon, also known as le très droitier vicomte Philippe de Villiers.)

Mais je me suis très vite rassuré, car c’est pile à ce moment-là que Le Parisien, rompant ce long silence, a justement publié un très long entretien avec ledit officier, dans lequel celui-ci explique que « les Français » (dont je me suis demandé s’il les avait rencontrés un par un ou s’il avait juste fait un sondage auprès d’un échantillon représentatif de son frère aîné) « réclament de l’autorité ». (Sous-entendu : ça tombe bien, j’en ai à revendre, voyez mes étoiles, voyez mon galon.)

Après cette parution, les choses ont immédiatement repris leur cours normal – à leur rythme de croisière d’un article avec ou sur le général Pierre de Villiers toutes les deux heures et demie environ.

Ainsi : Le Figaro a immédiatement consacré à la longue interview publiée par Le Parisien un papier d’où il ressort – c’est son titre – que « le général Pierre de Villiers » redoute que n’éclate en France une « guerre civile ».
(Sous-entendu : mieux vaut dans ces cas-là avoir un général à ses côtés. Et justement : regardez bien mes épaulettes.)

Au même moment : Le Monde a de son côté consacré à l’omniprésent officier et à sa « tentation d’une percée en politique » un long article dont les deux auteurs, qui se comportent donc comme si eux-mêmes n’étaient pas en train de participer à cet extraordinaire matraquage publicitaire, écrivent notamment que « l’intense plan médias du général a de quoi intriguer ».

Et ce n’est pas faux, mais le plus intrigant est que ces deux mêmes journalistes dressent le portrait d’un aimable conservateur qui « déteste les diviseurs » (et se montre par surcroît « plus tolérant » et « plus ouvert » que son très réactionnaire frère aîné), et qu’ils évacuent en quelques mots le minuscule détail que cet avenant personnage « assume sans ciller Renaud Camus et sa peur du grand remplacement ».

Et comme ces deux collaborateurs du Monde s’abstiennent ensuite de préciser que le « grand remplacement » (des populations blanches d’antique souche européenne par des migrant·es généralement présenté·es comme musulman·es) est une fantasmagorie d’extrême droite pour insister plutôt sur le fait que le général « ne comprend pas les clivages politiques » et se dit quant à lui partisan de la « réconciliation » : on comprend, à les lire, qu’en sus d’être intrigant, le « plan médias » de cet officier est excellemment réussi.


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