Violences policières : La hiérarchie à l’abri

Avec la succession de vidéos accablantes, plus personne ne peut nier l’aspect systémique des violences policières. Mais la France peine encore à réformer une institution en roue libre.

I l y a peut-être des problèmes structurels qui ne datent pas d’hier », finit par concéder, lundi 30 novembre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, auditionné par la commission des Lois de l’Assemblée nationale suite à la succession des violences policières ces dernières semaines. Le ministre indique que les pistes de réflexion pour une restructuration de la maison police s’orientent notamment vers le recrutement, la formation et une refonte de l’IGPN. C’est une avancée. Mais motus sur la responsabilité hiérarchique. Le ministre réaffirme même toute sa confiance à Didier Lallement, préfet de police de Paris, qui avait lancé à une manifestante des gilets jaunes, le 16 novembre 2019, « nous ne sommes pas dans le même camp », indiquant clairement l’orientation de sa posture. Posture soutenue jusqu’au sommet de l’État. Une dérive particulièrement dangereuse : en démocratie, la police est censée être un tiers neutre au service de l’intérêt général et non un groupuscule en « guerre » contre une partie de la population. « Ce type de discours libère les bas instincts de ce qu’il y a de pire dans les rangs de la police : les politiques ne mesurent pas l’impact de leur discours, souffle Laurent Bigot, ancien sous-préfet chargé du maintien de l’ordre. Quand Christophe Castaner parle de “factieux” en évoquant les gilets jaunes, il donne un chèque en blanc aux policiers en présentant les manifestants comme des ennemis de la République. » Résultat : un mort, 24 éborgnés, 5 mains arrachées, 315 blessés à la tête, selon le décompte du journaliste David Dufresne, initiateur du mouvement « Allô Place Beauvau », qui recense les violences policières.

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