Inceste : réseaux sociaux salutaires

En deux jours, 80 000 messages sont postés avec le mot-dièse #MeTooInceste.

Nadia Sweeny  • 20 janvier 2021
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Inceste : réseaux sociaux salutaires
© JOEL SAGET / AFP

On peut conchier les réseaux sociaux. Dire combien ils sont néfastes pour le débat et comment derrière l’anonymat se cache une nuée de trolls prêts à attaquer avec violence tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Et puis il y a ces moments « me too ». Une communion de milliers de victimes d’une même oppression sociétale. Sorte de lumière incandescente que les réseaux sociaux permettent, ouvrant l’espace d’une parole rare, obligeant les autres à entendre. À écouter. Ce surgissement soudain qu’aucun de ceux qui détournaient jusque-là les yeux ne peut aujourd’hui ignorer. Comme un uppercut. « C’était le 1er juin 2002, date de mon anniversaire… il était mon père, il est devenu mon bourreau. » En deux jours, 80 000 messages sont postés avec le mot-dièse #MeTooInceste. Une déviance sordide dans toutes les classes de la société explose au grand jour. On découvre alors, ahuri·e, ce que les associations hurlent depuis des années : l’inceste est un problème massif. 10 % des Français·es sont concerné·es. On en parle autour de nous. On se rend compte que sa meilleure amie, son collègue, son conjoint en ont été victimes. On se rend compte qu’on n’est plus seul·e.

Parfois, les réseaux sociaux nouent des liens que rien ne semblait pouvoir créer auparavant. Le premier déclic est souvent déclenché par un événement extérieur. Là, ce fut la sortie du livre de Camille Kouchner, La Familia grande, dénonçant non seulement le viol de son frère jumeau par leur célèbre beau-père, Olivier Duhamel, mais aussi le silence de toute une famille, de tout un réseau d’amis. De grand·es intellectuel·les, des femmes et des hommes de pouvoir, aujourd’hui couvert·es de la honte de l’omerta qu’ils et elles ont façonnée. Cette réaction #MeTooInceste est aussi là pour le leur crier à la face : votre silence est coupable. Un cri que les réseaux sociaux rendent audible et accessible comme ce fut le cas pour les victimes de violences sexuelles avec #MeToo ou de violences racistes avec #BlackLivesMater. Car les victimes qui prennent la parole sont souvent les plus vulnérables de nos sociétés inégalitaires, celles et ceux qui n’ont que trop peu voix au chapitre : les enfants, les femmes, les minorités ethniques… En réaction, les mis en cause s’insurgent contre le « tribunal médiatique » au sein duquel leur parole est inaudible. Le retournement de situation est violent. Or, pour qu’elle ne reste pas au stade du boomerang de l’injustice, cette prise de parole doit déboucher sur des actes. Il faut rouvrir les débats sur l’âge minimal du consentement sexuel, la durée de prescription, la prévention, les mécanismes du silence… Sinon, tout cela ne sera qu’un cri dans le désert.

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Parti pris

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