Inceste : « Si l’on dit que ce sont des dingues, on dépolitise »

Selon l’anthropologue Dorothée Dussy, l’affaire Olivier Duhamel est emblématique du « faux tabou » qu’est l’inceste, largement répandu et toléré par la société.

Nolwenn Weiler  • 13 janvier 2021 abonné·es
Inceste : « Si l’on dit que ce sont des dingues, on dépolitise »
© Sandrine Marty / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

L’inceste est un « faux tabou », en réalité largement admis par nos sociétés. C’est la conclusion de Dorothée Dussy, anthropologue, qui a enquêté pendant des années auprès des victimes et de leurs agresseurs. Elle rappelle que l’incesteur est le plus souvent un homme banal, a priori insoupçonnable, comme l’était Olivier Duhamel, accusé récemment d’avoir violé son beau-fils pendant des années.

Dans votre ouvrage, vous rappelez que le nombre de personnes ayant l’expérience de l’inceste « est à la limite de l’épouvante » et estimez que c’est un phénomène « banal », qui structure nos sociétés. -Pourquoi ?

Dorothée Dussy : Ce que disent les chiffres, avec une stabilité consternante depuis que l’on a commencé à enquêter sur le sujet dans les pays occidentaux (au début des années 1950), c’est que 5 à 10 % des enfants sont incestés. Si l’on prend au sérieux cette prévalence, qui est stable et transversale à tous les milieux sociaux, on est obligé de se dire que c’est structurel. On ne peut pas faire comme s’il s’agissait de faits divers conjoncturels sans lien les uns avec les autres. Et ces chiffres ne bougent pas, en dépit des divers bouleversements qui agitent la société. Un événement tel que Mai 68, qui a entraîné des changements de mentalité majeurs, n’a eu aucun impact sur la prévalence de l’inceste. La société fonctionne, malgré tous ces enfants massacrés. Elle ne semble pas gênée par le fait que beaucoup d’hommes aient des rapports

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Société
Temps de lecture : 9 minutes

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