Jeunes : galère et désir de rupture

La pauvreté n’a pas réduit la volonté de changements des 18-30 ans.

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Avec cette crise sanitaire dans la crise globale (écologique, économique et sociale), les jeunes souffrent particulièrement. Or presque rien n’est fait pour atténuer la détresse matérielle et morale d’une forte proportion d’entre eux. Quelques décisions ont bien été prises en France l’été dernier et plus récemment, mais elles sont « émiettées » et très insuffisantes (1). Toujours pas de RSA jeune (Emmanuel Macron a déclaré qu’il n’en était « pas fan ») et encore moins d’allocation d’autonomie pour les étudiants : le « salaire étudiant », une revendication qui remonte aux débuts du syndicalisme étudiant, en… 1946. De nombreux rapports et études ont pourtant montré que cette mesure, en vigueur dans tous les pays nordiques, aurait un coût annuel très supportable, de l’ordre de 12 milliards d’euros selon le Haut Conseil à la famille (2016). Au Danemark, chaque étudiant peut bénéficier d’une allocation mensuelle d’environ 700 euros pendant six ans (2).

Dans ces conditions, et alors que les petits boulots des étudiants se sont raréfiés tout autant que les emplois pour ceux et celles qui terminent leurs études, c’est la galère. Une galère qui existait avant, qui ne frappe certes pas toutes les catégories sociales avec la même intensité, mais qui se répand et fait des ravages. Selon une étude Ipsos pour la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) menée en juillet 2020 (3), 64 % des 18-24 ans étaient en détresse psychologique et 23 % avaient des pensées suicidaires. Cela ne s’est certainement pas arrangé depuis. À l’université de Lille, à deux pas de chez moi, des centaines d’étudiants, qui vivent isolés, ont recours à l’aide alimentaire via le Secours populaire et d’autres associations. Du jamais-vu.

En 2018, le taux de pauvreté des 18-30 ans était déjà de 21 %. On n’aura qu’en 2022 les chiffres de 2020, mais il est certain que ce sera bien pire et que l’écart entre les jeunes et le reste de la population se sera creusé. Quant au chômage des moins de 25 ans, il a bondi en 2020 bien plus vite que celui des autres actifs.

Cela n’a pourtant pas réduit, au contraire, la volonté de profonds changements d’une majorité de jeunes ni leur lucidité sur les responsabilités de la crise et sur les orientations politiques souhaitables. Dans un sondage Ifop de novembre 2020 pour le journal L’Humanité (4) auprès de mille jeunes de 18 à 30 ans, ils sont près des deux tiers à répondre qu’il « est possible de construire une société basée sur la coopération, le partage des richesses et du pouvoir », trois quarts à estimer que « les salariés devraient pouvoir décider des choix de leur entreprise », et 58 % à trouver que « le système capitaliste est le principal responsable du réchauffement climatique ». Ajoutons cet autre jugement, partagé à 83 % : « La lutte des classes est toujours une réalité aujourd’hui. » Un sondage ne fait ni le printemps ni la vérité, mais ce n’est pas le seul où les « valeurs de société » mises en avant par les jeunes, plus encore que par les autres, relèvent de la solidarité, de l’égalité, du partage et de l’écologie.

 Jean Gadrey Professeur émérite à l’université de Lille-I.

(1) Alternatives économiques, 4 janvier.

(2) Le Monde__, 27 novembre 2019.

(3) « Les jeunes face à la crise ».

(4) Voir le site de l’Ifop.


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