La politique n’est pas un antirides

Sur Instagram, Marlène Schiappa vante les mérites du lissage brésilien d’un coiffeur parisien.

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Où passe la frontière entre une femme/un homme politique et une page de publicité ? Plus les années passent, plus elle est floue. Les annonces commerciales ont envahi l’espace public. Pourtant, l’expérience de tel produit ou service est souvent très éloignée de la promesse de départ. Or les politiques font de même, jusqu’à aujourd’hui se muer en « femme/homme-sandwich ». Dimanche 3 janvier, Marlène Schiappa a montré à quel point elle y est à l’aise. Dans une vidéo publiée sur son compte Instagram, la ministre vante, balayage de chevelure à l’appui, les mérites du lissage brésilien d’un coiffeur parisien. L’émoi suscité la force à retirer la vidéo, à crier au « fake » avant d’expliquer avoir été victime d’un piratage, pour enfin se défendre de tout « placement de produit ».

Mais Schiappa n’en est pas à son coup d’essai. Après l’utilisation des moyens ministériels pour communiquer sur son nouveau livre, sa publicité pour les masques fabriqués par une amie corse, le désormais « lissage gate » passe mal. C’est qu’il jette une lumière crue sur le glissement malsain : la com’ politique n’est plus un moyen d’expliquer une action réelle, une idée, une vision… un projeeeet. Non, elle est devenue une fin en soi. Et les politiques, des influenceurs au service d’eux-mêmes, à la recherche de quoi que ce soit à vendre qui fasse le « buzz ».

Certes, ce phénomène de « pipolisation » n’est pas né avec ce gouvernement. Comment oublier les unes de magazine de M. Le Président ou le Ministre, sa femme et son chien, en bord de mer. Mais, depuis Sarkozy, cet objectif de communication vérole de plus en plus l’ensemble de l’action gouvernementale. La politique du chiffre a été conçue pour nous vendre des statistiques maniées à merveille. Légiférer après chaque fait divers médiatique est utilisé comme preuve d’une action efficace. Le tout, balayant toute consistance. Toute réalité de terrain.

Et le pouvoir actuel ne cesse d’ajouter de nouvelles pierres à cette dérive. Le ministère de l’Intérieur ferme, dans l’opacité la plus complète, n’importe quelle structure pour alimenter sa gonflette de chiffres vendus aux Français·es comme une lutte contre l’islamisme radical. Des préfectures vendent sur les réseaux sociaux des arrestations de consommateurs de drogue, à grands coups de photos de quelques grammes saisis et trois ou quatre petites coupures étalées au sol pour donner l’illusion du nombre, comme s’il s’agissait de narcotrafiquants internationaux… Aujourd’hui, la seule évaluation de ces politiques réside dans l’impact publicitaire momentané. Aussi contre-productif que cela finisse par être. L’action politique ressemble de plus en plus à une crème antirides : pourtant, plus la pub est vantarde, plus on est déçu du résultat.


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