Sahara occidental : « Le statu quo est définitivement dépassé »

Représentant du Front Polisario en Europe, Oubi Bouchraya fait le point sur le conflit armé en cours. Tout en continuant d’espérer à terme une solution politique.

À peine rentré de Tindouf (Algérie), où il a participé à des réunions des organes dirigeants du Front Polisario, Oubi Bouchraya confirme la rupture du cessez-le-feu, vieux de trente ans, à la suite des multiples violations des accords sur le terrain par le Maroc. Il espère que l’administration Biden, rompant avec le soutien inconditionnel de Trump à Rabat, pourra appuyer des initiatives diplomatiques en faveur d’un retour au processus d’autodétermination du peuple sahraoui.

Quelle est la situation aujourd’hui du conflit armé entre les forces de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et le Maroc ?

Oubi Bouchraya : À Tindouf, nous avons évidemment analysé la situation, depuis la rupture du cessez-le-feu le 13 novembre dernier et la reprise de la lutte armée du Front Polisario contre le Maroc. Le 13 novembre, en effet, des troupes marocaines ont été envoyées au-delà de la ligne de démarcation fixée par les accords internationaux, et d’abord pour déloger le campement de civils sahraouis qui protestaient pacifiquement, depuis le 21 octobre, contre cette brèche illégale à Guerguerat [à l’extrême sud, à la frontière avec la Mauritanie – NDLR]. Celle-ci était devenue un point de passage, très important économiquement, permettant au Maroc d’exporter les ressources naturelles du Sahara occidental, qu’il pille depuis des années. Car, en dépit des accords (militaires) passés en 1997 et 1998, le Maroc a ouvert en 2001 ce point de passage – illégal – en ne cessant de l’élargir, prenant ainsi le contrôle d’un nouveau bout de territoire sahraoui, auparavant libéré.

On peut évidemment se demander ce qui a poussé les Sahraouis à intervenir au bout de près de vingt ans. L’explication est qu’il y avait en 2001 un processus politique en cours depuis 1991, sous l’égide d’une personnalité politique de poids, James Baker, envoyé du secrétaire général de l’ONU, et un engagement clair du Conseil de sécurité en ce sens. Nous avions l’espoir que demeurer fidèles aux accords signés permettrait l’organisation du référendum d’autodétermination prévu par ceux-ci. Cette affaire de Guerguerat était donc alors secondaire, et les Sahraouis avaient accepté de donner une chance au processus de paix. Mais la promesse de référendum n’a jamais été tenue, le Maroc ayant entre-temps envoyé s’installer des milliers de colons, et surtout le Conseil de sécurité a laissé s’enliser le conflit. Alors même que nous avions accepté d’inclure ces colons marocains dans le corps électoral…

Quel est l’état d’esprit de la jeunesse -sahraouie aujourd’hui ?

Ces dernières années, nous avons eu, à la direction du Polisario, beaucoup de -difficultés à convaincre les jeunes de conserver une certaine foi dans le processus devant conduire à l’autodétermination du peuple sahraoui. Nous n’avons cessé de leur transmettre le message que nous conservions l’espoir de voir aboutir le processus de paix né des accords de 1991 et que l’ONU tiendrait ses engagements. Mais notre jeunesse, après toutes ces années, est devenue vraiment désespérée et brûlait de faire quelque chose pour débloquer la situation.

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