Chlordécone : Colère et méfiance aux Antilles

Plus de 10 000 personnes ont défilé en Martinique pour dénoncer le scandale sanitaire lié à ce pesticide.

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En Martinique, le carnaval – interdit cette année pour cause de Covid-19 – a été remplacé par une manifestation pleine de colère : plus de 10 000 personnes (5 000 selon la police) ont défilé et chanté « Prescription dapré yo, di prefet a alé planté bannan » (« d’après eux il y aura prescription, dites au préfet d’aller planter des bananes »). L’ire de la population antillaise a été attisée par la crainte que le scandale du chlordécone soit de nouveau enfoui. En 2006, des associations avaient déposé plainte pour empoisonnement de leurs îles. Auditionnées en janvier, elles ont découvert que les juges d’instruction tendent vers un non-lieu car il pourrait y avoir prescription.

Cet insecticide utilisé dans les bananeraies a été autorisé entre 1972 et 1993, alors qu’il était interdit en France depuis 1990 et aux États-Unis depuis 1977. Les sols et les habitants ont été intoxiqués pendant des décennies, et les effets persistent : plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est contaminée par le chlordécone.

La prise de conscience citoyenne et politique semblait pourtant sur la bonne voie. En 2019, un rapport parlementaire avait qualifié le chlordécone de « désastre sanitaire et environnemental » et reconnu la responsabilité de l’État français, l’obligeant à agir. Il y a une semaine, le gouvernement a lancé le quatrième plan chlordécone, pour la période 2021-2027, avec un budget de 92 millions d’euros, afin de « réduire l’exposition des populations », « renforcer les connaissances » et « accompagner les professionnels affectés ». « À chaque plan, on nous parle de millions d’euros, mais on ne sait pas trop comment ils sont dépensés, a commenté Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et engagé dans la lutte contre le chlordécone. On craint que cela parte dans la communication, en paiement d’intermédiaires et de gens qui ne souffrent pas du tout du chlordécone et de cette tragédie qui est la nôtre. » La prudence reste de mise face aux belles promesses politiques.


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