Antisémites de bonne compagnie

Le général en retraite assurait savoir « qui contrôle » la « meute médiatique occidentale ».

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L’éditocratie réactionnaire (1) lance régulièrement contre la gauche antiraciste d’infamantes accusations d’antisémitisme. On l’a de nouveau constaté au mois de mai dernier, pendant le bombardement de Gaza, lorsqu’elle a une fois de plus recouru à cette calomnie pour disqualifier toute critique progressiste des menées colonialistes et racistes du gouvernement israélien.

Un mois plus tôt, en avril donc, cette même éditocratie avait acclamé la parution d’une tribune publiée par un hebdomadaire très (très) à droite (2), dans laquelle plusieurs dizaines d’officiers de l’armée française déliraient sur le « délitement de leur patrie » face à « l’islamisme » et aux « hordes de banlieue », et sur « un certain antiracisme » (acharné selon ces ganaches à « créer sur notre sol un mal-être, voire une haine entre les communautés ») – puis auguraient posément d’une « intervention de [leurs] camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles » et d’une « guerre civile ».

Et voilà que, la semaine dernière, l’un des signataires de cette diatribe, général en retraite, a été confronté, à la télévision, au puant commentaire qu’il avait publié sur un blog en novembre 2020 et dans lequel il assurait savoir « qui contrôle » la « “meute médiatique” occidentale (3) ».

Et voilà que, poussée dans ses retranchements, cette baderne a dans un premier temps répondu : « Vous savez bien qui contrôle la meute médiatique dans le monde et en France. » Avant de poser cette question faussement ingénue : « Qui contrôle le Washington Post, le New York Times, chez nous BFM TV et tous les journaux qui viennent se grouper autour, qui sont ces gens… ? »

Pour finalement répondre : « C’est la communauté que vous connaissez bien. » Sous-entendu : la communauté juive. Ce personnage a donc posément excrété un stéréotype antisémite. Moyennant quoi le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « diffamation publique et provocation à la haine et à la violence en raison de l’origine ou de l’appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion ».

Mais, au soir où j’écris ces lignes, très curieusement, aucun·e des intraitables éditocrates réactionnaires qui intentent si facilement des procès en antisémitisme contre leurs contradicteur·rices n’a réagi à cette abjection – ni renié son soutien à la tribune islamophobe et xénophobe que son auteur avait cosignée.

En sorte qu’on pourrait presque imaginer que ces venimeux propagandistes, beaucoup moins allergiques à la haine antijuive – cette vieille tradition de l’extrême droite – que ne le suggèrent leurs diffamations de la gauche antiraciste, s’accommodent très facilement, lorsqu’ils sont de leur (tri) bord, de la proximité immédiate d’antisémites de bonne compagnie…

(1) Ce n’est pas encore tout à fait un pléonasme – mais je ne jurerais pas que ça va durer.

(2) Dont nous tairons le nom, pour ne pas lui faire ici la moindre publicité.

(3) Le Monde, 18 juin 2021.


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