Fernando Trueba : « Parfois, une œuvre est d’autant plus universelle qu’elle s’ancre dans le local »

En adaptant L’Oubli que nous serons, sur la vie du médecin colombien Héctor Abad, Fernando Trueba réalise une œuvre mémorielle, poignante et nécessaire.

Il considérait le livre trop puissamment intime pour s’y attaquer, par respect. Le réalisateur espagnol Fernando Trueba a finalement accepté la proposition d’adapter à l’écran L’Oubli que nous serons. Héctor Abad Faciolince y dépeint la stature d’Héctor Abad Gómez, son père, pour lequel il confesse un amour « animal ». Ce médecin humaniste aura consacré son énergie à une mission de santé publique auprès des plus pauvres, notamment des enfants, et à la défense sans failles des droits humains dans la très tumultueuse ville colombienne de Medellín. En 1987, l’écrivain a 29 ans quand ce père est assassiné dans la rue, alors qu’il se présentait en candidat indépendant à l’élection municipale. L’ouvrage, paru dix-neuf ans plus tard, connaît immédiatement un très grand succès, en Colombie mais aussi dans le reste de l’Amérique latine.

Qu’est-ce qui vous a finalement décidé à vous engager dans une adaptation de cette histoire ?

Fernando Trueba : Chaque ligne de ce livre est véridique, empreinte de la douleur de la perte. Héctor Abad Faciolince m’a dit avoir pleuré de la première à la dernière ligne. Comment se permettre un film avec une telle œuvre ? Le cinéma, ce sont des personnages, des acteurs, des costumes. Je redoutais l’imposture. Et puis j’ai compris que je regretterais toujours d’avoir repoussé ce projet.

Le chemin, pour y arriver, fut de découvrir qu’il s’agissait d’une -histoire de beauté et d’amour entre un père et son fils principalement, mais aussi entre le médecin et sa femme, sa famille. Incarnée par un personnage que je ne qualifie pas de héros, mais d’Homme, avec cette majuscule qui traduit le fait que devenir homme est une conquête, non un acte de naissance. Il a agi toute sa vie pour les autres, rêveur humaniste, naturellement investi de cette noblesse et de cette intégrité qui ont enfanté les personnages des fictions de Jean Renoir ou de John Ford.

Dès la première image, vous faites un sort délibéré à la question de la violence exposée à l’écran. Réglez-vous un compte ?

Deux personnages assistent, dans un cinéma, à une scène violente tirée d’un film hollywoodien, archétype de la représentation états-unienne du monde latino, méchant, criminel, narcotrafiquant. Et ils sortent de la salle. Oui, c’est une forme de mise au point. Il ne s’agit pas d’escamoter la violence, elle existe bel et bien. Mais j’ai refusé d’en faire une mise en scène théâtrale, c’était hors de propos dans ce film. La violence surgit, et voilà, on peut se retrouver mort la seconde d’après.

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