« Nous allons vers une PAC de renoncements »

Le nouvel accord européen est truffé de compromis qui freinent la lutte contre le changement climatique, estime Mathieu Courgeau, du collectif Pour une autre PAC.

Vendredi 25 juin, la Commission européenne, les 27 États membres et le Parlement européen ont trouvé un accord concernant la politique agricole commune (PAC) pour la période 2023-2027, après trois années de négociations laborieuses. Avec un budget de 387 milliards d’euros, cette PAC a pour objectif de « verdir l’agriculture européenne », notamment grâce aux « éco-régimes », ces primes accordées aux agriculteurs qui adoptent des programmes environnementaux exigeants. Mais cet outil précieux pour la transition agroécologique a perdu de son ambition au fil des négociations : les États devront y consacrer en moyenne 25 % par an des paiements directs entre 2023 et 2027, avec la possibilité de n’y consacrer que 20 % les deux premières années en allouant ailleurs les fonds non dépensés. Un manque de radicalité, alors que l’Union européenne s’est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 55 % d’ici à 2030… La colère des écologistes et des ONG environnementales ne redescend pas, notamment au sein du collectif français Pour une autre PAC, qui réunit 46 organisations venant du monde paysan, des consommateurs et des organisations de solidarité internationale, de protection de l’environnement et du bien-être animal : « Les systèmes agricoles ayant un impact négatif pour l’environnement pourront aisément passer à travers les mailles du filet de la conditionnalité environnementale, voire bénéficier d’une rémunération par l’écorégime. » Le président de ce collectif, Mathieu Courgeau, agriculteur en Vendée, nous explique pourquoi cette réforme vers une PAC plus écologique et plus juste n’aura pas lieu, alors qu’elle est vitale.

Comment résumer simplement le fonctionnement et l’utilité de la PAC ?

Mathieu Courgeau : La PAC fonctionne principalement avec des subventions liées à la -surface de la ferme : plus on a d’hectares, plus on a d’aides. Ce système favorise les vastes exploitations et incite à l’agrandissement. Il est important de rappeler qu’une large partie du monde agricole est devenue extrêmement dépendante des aides de la PAC en termes de revenus : aujourd’hui, même si ce n’est pas le cas pour toutes les productions, environ 80 % du revenu agricole en France émane des aides de la PAC. C’est aussi la conséquence de décisions politiques relatives à l’alignement des prix des produits agricoles sur les marchés mondiaux. Pour conserver une agriculture en Europe, il a été décidé d’attribuer des subventions aux agriculteurs, parce que sinon la grande majorité, non compétitive, aurait disparu !

Le budget de la PAC est composé d’un premier pilier qui totalise 70 % du budget et concerne essentiellement les aides directes. Le second pilier est un peu le parent pauvre, alors qu’il doit accompagner les territoires en difficulté et les agriculteurs qui s’installent ou se convertissent à l’agriculture biologique, et qu’il finance les aides liées aux mesures environnementales.

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