Réforme de l’assurance chômage : Le Conseil d’État gifle le gouvernement

La suspension des dispositions iniques de cette réforme est une magnifique victoire, se félicite Samuel Churin qui appelle à poursuivre la lutte contre les dysfonctionnements de cette caisse sociale. Et changer de gouvernement.

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Voilà ce que j’écrivais il y a deux ans : « Hier, mardi 18 juin 2019, a eu lieu un évènement qui fera date dans l’histoire des droits sociaux. Hier, mardi 18 juin 2019, ce n’était pas un appel plein d’espoir, pour organiser la résistance, mais des annonces qui constituent sans aucune contestation, la plus grave attaque contre les plus précaires. Vous ne trouverez pas d’équivalent dans l’histoire. Hier, mardi 18 juin 2019, le gouvernement de France par la voix d’Édouard Philippe et Muriel Pénicaud, a osé décrire par le menu et très tranquillement la manière dont ils allaient faire plus de 3 milliards d’euros d’économie en 3 ans sur les plus pauvres à travers la réforme de l’assurance chômage. »

Deux ans déjà.

Deux ans de lutte pour dénoncer une des plus violentes attaques d’un gouvernement contre les plus précaires de ce pays.

Deux ans à essayer de convaincre, médiatiser.

Deux ans d’impression de parler dans le vide, de se répéter, de penser que le combat des chômeurs n’intéresse personne.

Une première victoire au Conseil d’État en novembre 2020 nous avait réconforté, nos arguments avaient payé sur le fond, le gouvernement obligé de revoir sa copie.

Ces incompétents notoires s’étaient donc remis au travail, parmi eux Marc Ferracci. Ce dernier avait rédigé une bonne partie de la réforme lorsqu’il était au cabinet de la ministre du travail Pénicaud, il a été chargé de corriger son propre texte après son transfert à Matignon auprès du premier ministre. En sport, en général, on change une équipe qui perd. On pourra donc se demander pourquoi ce bourreau des chômeurs aura été reconduit dans sa funeste fonction. M. Ferracci a été le témoin de mariage d’Emmanuel Macron et ce dernier lui a rendu la pareille en devenant son témoin à son tour. Je n’ose imaginer que cette amitié solide ait pu influencer le choix pour sélectionner de nouveau ce rédacteur de réforme néolibérale techniquement médiocre.

Lire > La « ligne Ferracci »

Toujours est-il que pour la seconde fois, le 22 juin 2021, le Conseil d’État empêche cette réforme de s’appliquer. Elle ne sera donc pas mise en place au 1er juillet 2021. Des millions d’intermittents de l’emploi ne seront donc pas impactés par les nouvelles règles monstrueuses de l’indemnisation. Bien sûr nous attendions cette décision tant la réforme est une ignominie. Mais cette vraie grande claque fait du bien. La morgue de ce gouvernement a perdu de sa superbe.

À commencer par Elizabeth Borne, défendant cette réforme envers et contre tous, affirmant que pour lutter contre la précarité, il fallait lutter contre les précaires, reprenant les fiches de Muriel Pénicaud qui, pour rappel, ne savait pas lire, colportant de fausses données sur l’augmentation des emplois discontinus, confondant par exemple une augmentation de 2,5 avec 250 %, les pas trop fâchés en maths apprécieront. Pour les autres comprenez que passer de 100 à 250 est bien une augmentation de 2,5 mais uniquement de 150 % (augmenter de 100 % c’est multiplier par 2).

Ce petit exemple paraît anodin, il est pourtant révélateur de ce gouvernement. Elizabeth Borne est polytechnicienne, je ne lui ferai donc pas l’affront de lui donner une leçon de maths niveau 6ème. Deux explications possibles : soit la ministre lit bêtement les fiches qu’on lui glisse entre les mains, soit elle ment et l’assume. Dans tous les cas, c’est indigne et toxique.

C’est indigne parce que ce président, ministres et autres témoins de mariage ne pensent pas le bien commun mais les intérêts de quelques-uns.

C’est toxique parce que leurs décisions broient des vies, terrassent des familles, mettent en danger les plus fragiles.

Certes la juge s’appuie uniquement sur la conjoncture pour la suspendre (« Les incertitudes sur la situation économique ne permettent pas de mettre en place au 1er juillet les nouvelles règles. ») mais elle laisse toute latitude à son collègue. Une nouvelle procédure, un nouveau jugement viendront dans quelques mois, on l’espère, invalider définitivement cette horreur sur le fond.

Bravo à toute la mobilisation, en particulier au mouvement « occupons » qui a permis de médiatiser partout l’assurance chômage. C’est une magnifique victoire, mais nous devons évidemment aller plus loin. N’oublions jamais que l’assurance chômage n’a pas attendu cette réforme pour dysfonctionner. Cela fait des années que cette caisse sociale si importante n’assure plus sa mission : celle d’indemniser celles et ceux qui ne sont pas en emploi. Depuis des années plus d’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé, les nouveaux critères d’accès (non suspendus par le Conseil d’État) empêcheront 20.000 personnes par mois de percevoir une quelconque allocation, il y a plus de 6 millions de chômeurs inscrits à Pôle Emploi et plus de 10 millions de pauvres.

Il est grand temps de virer l’équipe qui fait perdre tout le monde sauf une poignée d’ultra privilégiés et de ne sélectionner qu’une équipe gagnante, celle qui défend le bien commun et les droits attachés à la personne.


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