Heureusement qu’Emmanuel Macron…

… ne s’est pas précipité à la rescousse d’un agitateur d’extrême droite.

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Heureusement qu’Emmanuel Macron est un président circonspect et, disons-le, précautionneux. Heureusement que, fort de ce discernement, il n’a pas confié le portefeuille de l’Intérieur à un ministre visé par une plainte pour viol après lui avoir demandé de lui promettre, « d’homme à homme »ouaaah, ouah, ouah, ouaaaaah (1) –, qu’il n’avait rien à se reprocher. Heureusement, pour le dire autrement, qu’il n’a pas suggéré, par cette promotion, qu’il tenait pour (très) négligeable la parole de la plaignante.

Parce que, s’il n’avait pas fait montre d’une si raisonnable retenue, jamais – au grand jamais – il n’aurait pu tweeter, comme il l’a fait le 30 juin, sans s’exposer gravement à un fort soupçon de papelardise, cette fière proclamation : « Je revendique d’être féministe. Le féminisme est un humanisme ! »

De la même façon, heuuureuuuseeement que ce prévoyant président a catégoriquement refusé, lorsque cette publication l’a sollicité, d’accorder en 2019 un entretien exclusif à un hebdomadaire condamné en 2015 pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence contre les Roms – et dont la rédaction confectionne régulièrement des couvertures incriminant (parmi d’autres cibles triées) l’« immigration » (appelée aussi « grand remplacement ») et l’« islam », ou portraiturant éventuellement le financier juif George Soros en « milliardaire qui complote contre la France ».

Et heuuuuureuuuuuseeeeement qu’Emmanuel Macron ne s’est pas précipité, lorsqu’en 2020 ce marchand de haine a été apostrophé un peu vivement par un passant manifestement excédé par ses incessantes imprécations, à la rescousse de l’agitateur d’extrême droite (2) qui, en 2008, lançait à la journaliste Rokhaya Diallo, dans le cours d’une émission de télévision : « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! »

Car de tels précédents auraient sans doute entamé eux aussi la crédibilité du chef de l’État français – de sorte que, s’il s’était ainsi compromis auprès de prédicateurs identitaires, jamais (au grand jamais) il n’aurait pu dénoncer, la semaine dernière, dans le magazine Elle (3), « la logique intersectionnelle », qui, selon lui, « renvoie chacun à son identité », ni se désoler, dans la même interview, de « voi[r] la société française se racialiser progressivement ».

Car, derechef, sa duplicité lui aurait aussitôt été vertement reprochée.

Tandis que là, non : tout est passé crème.

(1) Ceci est effectivement un solo d’harmonica composé par Ennio Morricone pour un film de Sergio Leone – bravo à celles et ceux qui l’ont reconnu.

(2) Plusieurs fois condamné pour provocation à la discrimination ou à la haine raciale ou religieuse.

(3) Qu’un collaborateur d’extrême droite de l’hebdomadaire mentionné plus haut présente, en toute simplicité, et dans ce style inimitable par lequel se reconnaît l’Authentique Patriote, comme le « magazine féminin de la “bobocratie” parisienne et collaborationniste de l’idéologie “woke” ».


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