La retraite à 64 ans, c’est maintenant ?

Avant la crise, le régime de retraite tendait vers l’équilibre. Son déficit actuel est conjoncturel.

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Après avoir suspendu le projet d’un système par points, le chef de l’État envisagerait de relever, avant 2022, l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, afin d’adresser un signal de plus en direction de l’électorat conservateur. Avant la crise du coronavirus, le régime de retraite obligatoire tendait pourtant vers l’équilibre. Son déficit actuel est conjoncturel. Il résulte de la chute de l’activité, induisant de moindres rentrées de cotisations sociales. Il se résorbera avec la reprise. La réforme Touraine de 2014 en avait assuré l’équilibre structurel, en allongeant d’un trimestre tous les trois ans la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein, pour la porter à 43 ans en 2032 pour les générations nées après 1973. Elle était déjà un moyen détourné de reculer l’âge de départ pour obtenir une retraite à taux plein, sans remettre en cause l’âge légal de 62 ans. En accélérer le calendrier serait aussi un scénario à l’étude par les experts gouvernementaux.

Ces projets s’inscrivent dans la lignée des réformes qui se succèdent depuis 1993. Celles-ci ont raboté le niveau des pensions en modifiant le mode de calcul et allongé la durée de cotisation. Toutes ont évité d’alourdir le « coût du travail » pour ne pas compromettre le redressement du taux de marge (c’est-à-dire de la part des profits dans la valeur ajoutée), objectif des politiques de l’offre.

Pour être crédibles, les opposants à ces réformes doivent d’abord reconnaître que la dégradation du rapport actifs/inactifs (il y aura 1,5 actif pour 1 inactif de plus de 60 ans en 2060, au lieu de 4 pour 1 en 1960) et la décroissance tendancielle du PIB (la croissance potentielle est de 1 % contre 5 % en 1960) auraient contraint n’importe quel gouvernement, soumis ou insoumis, à prendre des mesures de sauvegarde du régime par répartition. Ceux qui promettent de revaloriser le pouvoir d’achat des pensions tout en abaissant l’âge de départ à la retraite doivent ensuite indiquer comment y parvenir.

Certains proposent de taxer les revenus financiers. Mais cela reviendrait à financer les retraites, liées au travail, par l’impôt et non par la cotisation, en contradiction avec la philosophie d’un salaire socialisé, fondatrice de notre régime. Pour le camp du travail, la solution la plus cohérente est de relever la part des salaires dans la valeur ajoutée, ce qui revient à réduire la part des profits alimentant les revenus financiers. Cette piste passe par une hausse des salaires et/ou des taux de cotisations sociales. Tous ces effets doivent être considérés. Ainsi, à moins d’être compensée par une hausse suffisamment forte des salaires directs, la hausse des cotisations salariales n’améliorerait pas le pouvoir d’achat des actifs, tandis que la hausse des salaires et des cotisations patronales, indolore pour les grandes entreprises, compromettrait la santé des PME, où les taux de marge sont inférieurs. Toutefois, dans une économie souffrant d’une faiblesse chronique de la demande, un rééquilibrage à la hausse des salaires, combiné à des mesures de soutien à l’investissement et à la relocalisation, enclencherait un effet macroéconomique bénéfique, l’emportant sur les effets pervers susmentionnés.

Par Liêm Hoang-Ngoc Maître de conférences à l’université de Paris-I.


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