Portugal : Un îlot de gauche dans un océan libéral ?

Dans une Europe où la droite progresse, le succès du PS portugais depuis 2015 apparaît comme un petit miracle. Pourtant, les années de rigueur se font encore sentir.

M erci António pour une présidence incroyablement réussie. » La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n’a pas mégoté lors de la conférence de presse qui suivait le dernier Conseil européen de la présidence portugaise de l’Union européenne, le 25 juin. Sur le papier pourtant, cette présidence tournante du Premier ministre portugais s’annonçait comme un gros morceau, avec la ratification du plan de relance européen en ligne de mire.

Tout semble réussir à António Costa, à la tête du Portugal depuis 2015. Le Premier ministre peut même se targuer d’être l’un des rares dirigeants européens issus d’un parti de gauche. Mieux encore : le Parti socialiste (PS), dont il est issu, dirige le pays depuis six ans, sans pour autant avoir la majorité absolue. « Et le PS a toutes les chances de remporter les élections municipales fin septembre, la droite étant en trop mauvais état », prédit Ana Gomes, cadre du parti. L’échec de cette ancienne députée européenne à la présidence de la République en janvier dernier pourrait être l’une des seules ombres de l’insolente réussite d’António Costa… si seulement celui-ci l’avait soutenue. « Il a préféré aider la droite en accordant son soutien à Marcelo Rebelo de Sousa, ancien président du Parti social-démocrate, regrette Ana Gomes_. Ça en dit long ! »_ Soutenir la droite plutôt qu’une représentante de l’aile gauche de son parti, le Premier ministre socialiste n’est plus à ça près. Après les législatives de 2019, Costa s’est débarrassé de la gauche radicale en mettant fin à la « geringonça » – le « machin », le « truc » en portugais –, l’alliance qui le liait au Bloc de gauche et au Parti communiste (PC). Depuis, le socialiste n’hésite pas à chercher à droite la majorité qui lui manque parfois au Parlement.

Le Portugal revient de loin. Avant la pandémie de coronavirus, le petit pays, touché de plein fouet par la crise financière de 2008, avait même l’impression de relever la tête, affichant une croissance de 2,2 % et un taux de chômage de 6,5 % en 2019. Après des années d’austérité sous l’égide de la troïka, le Bloc de gauche, le PS et le PC se sont même accordés sur une augmentation du salaire minimum en 2015. Une grande victoire sociale, qui a fait passer le salaire brut minimum de 589,20 euros à 775,80 euros aujourd’hui. Et ce n’est pas fini, puisque António Costa a promis que ces augmentations continueront jusqu’à la fin de son mandat en 2023. « À l’époque, le PS portugais regardait ce qui se faisait ailleurs, explique Fabian Figueiredo, du Bloc de gauche_. Ils ont compris que, s’ils arrêtaient de gouverner en tant qu’alternative, ils ne se distingueraient plus vraiment de la droite, comme ça a été le cas en France. Et puis il y avait aussi Podemos qui était en train d’exploser. » Le PS portugais a donc décidé de conserver quelques marqueurs de gauche, même si, au sein du Parti socialiste, on reconnaît que l’augmentation des salaires avait été âprement négociée par ceux de la gauche radicale : « António Costa a soutenu cette mesure seulement parce que le Bloc de gauche et le Parti communiste ont poussé dans cette direction »_, fait savoir Ana Gomes.

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