Dossier : Nos corps en bataille

Roller derby : Rouler pour le féminisme

Sport de glisse et de contact alternatif et inclusif, le roller derby s’institue comme un lieu d’émancipation des corps et des identités.

Il y a le terrain, d’abord. Généralement plat et approximativement ovale. Ensuite, les patins quads, dont les roues sont parallèles. Et puis les collants résille, les genouillères, les minijupes, les éternels maillots suants, les coudières, les maquillages guerriers et colorés, les tatouages éphémères ou permanents, les casques floqués et les protège-dents. Dans cet attirail, principalement des joueuses au regard vif, et parfois quelques joueurs. À chaque jam – comprendre chaque tour –, deux équipes de cinq personnes s’affrontent, composées chacune d’une jammeuse, l’équivalent d’une sprinteuse, reconnaissable à son casque étoilé, et quatre bloqueuses. Le but est simple : dépasser en un temps très court les opposantes. Pour freiner l’adversaire, on utilise son corps comme seul bouclier.

Le roller derby n’a pas subsisté longtemps sous sa forme chorégraphiée des années 1930, avec gagnants et perdants désignés à l’avance. Le sport que l’on connaît aujourd’hui naît véritablement à la fin des années 1990, au cœur du mouvement punk-féministe des « riot grrrls ». Les premiers collectifs français apparaissent en 2009. Furies de Bourges, Morues de Lorient, Amazones d’Aix-en-Provence, la Boucherie de Paris, la Meute de Marseille… Les ligues et clubs multiplient les surnoms belliqueux. Le coup de sifflet sonne le début de la jam. Les roues claquent contre le parquet. On se heurte, on fait bloc, on chute souvent, on se blesse parfois. Au derby, on arbore les hématomes avec fierté.

Les matchs peuvent impressionner par la brutalité des gestes. Quand Océane, 24 ans, aussi appelée Meowster Glitter, est arrivée dans son club bordelais, elle était ce que l’on surnomme une Fresh Meat : littéralement, de la viande fraîche_. Cependant, si le film _Bliss, réalisé par Drew Barrymore et sorti en 2010, a contribué à populariser le sport auprès du grand public, il romantise considérablement la violence qui y naît. Sur la piste, pas de coups de coude dans les côtes à pleine vitesse : un règlement de 88 pages vient encadrer la pratique. On ne se frappe pas, on s’impacte, avec les épaules et les hanches. On joue sur ses appuis, sur le poids du corps. On ne touche sous aucun prétexte la tête de ses adversaires et on n’utilise pas non plus sa propre tête pour les toucher. Et, toujours, les joueuses restent solidaires entre elles et avec l’équipe adverse.

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