Dossier : La France des héritiers

Vieilles dynasties et racines en carton

Quel que soit leur domaine, les familles brodent toujours l’histoire qu’il faut pour justifier leurs héritages.

D’un pas léger, Bernard Arnault se promène à Roubaix. Ses cinq enfants et sa femme l’attendent tout sourire sous un chêne. Malgré la chaleur de juillet, tout le clan prend la pose en costume pour fêter la cession de la maison du grand-père à une école de commerce. Deux ou trois photos, et direction l’amphi. Le patriarche y livre un couplet poignant sur l’histoire familiale : « C’est ici même que mon père et mon grand-père ont construit les fondations de ce qui est devenu l’un des premiers groupes industriels européens […], valeurs de travail, d’audace et de persévérance […], racines entrepreneuriales… » Assis au premier rang, Gérald Darmanin écoute, l’air grave.

Le couplet est pourtant bien connu : Bernard Arnault, « l’enfant de Roubaix », s’est construit dans le Nord, par le travail. Et à la sueur de son héritage, lorsqu’il obtient une entreprise de travaux publics de son père, Jean, qui lui-même avait hérité de la direction de la boîte familiale par le biais de son beau-père, Étienne Savinel. Beau roman familial.

Les histoires similaires dans le monde des affaires ravissent la presse spécialisée. Quelques noms familiers – Lagardère, Dassault ou Bouygues – donnent corps à un univers souvent austère. Et recoupent une réalité économique. Dans le classement Challenges des cinq cents plus grandes fortunes françaises en 2021, huit familles se placent ainsi dans le top 10. Dans l’ombre des têtes d’affiche, évoluent d’autres dynasties plus discrètes, comme celle des Wormser, qui dirigent la banque Wormser Frères depuis 1932, sur quatre générations.

« Il ne faut pas se laisser avoir par les termes, on ne peut pas vraiment parler de dynasties », plaide Cyrille Chevrillon, président du groupe qui porte son nom et professeur affilié à HEC. Raillant le storytelling style Gala, il peste contre les histoires familiales factices. « Il y a une confusion entre les familles nobles, les anciennes familles industrielles et les riches familles actuelles. Le cas de Lagardère est un bon exemple : l’épopée ne commence vraiment qu’avec Jean-Luc Lagardère et ne risque pas de se poursuivre très loin avec son fils. C’est un peu court pour une dynastie. »

Le 30 juin dernier, la saga a en effet tourné court avec l’adoption d’un changement de structure juridique.

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