Altair Alcântara : Jérusalem par le haut

Altair Alcântara offre sur la Ville sainte un essai photographique d’une ouverture et d’une justesse de regard remarquables.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Comment se prononcer sur Jérusalem sans se faire instantanément « flinguer » par l’une des parties prenantes ? Cette ville, la plus conflictuelle au monde, est nouée par des décennies d’affrontements religieux, politiques et sociaux. Alors quand c’est un photographe qui s’y colle, prétendant à un « essai »… Altair Alcântara avait été conseillé par une consœur échaudée : ne visez pas une hypothétique impartialité, c’est perdu d’avance, assumez votre parti pris.

Si l’on trouve dans ce livre un discours engagé, ce n’est pas au sens attendu du terme. C’est une scène faussement anecdotique qui a motivé sa réalisation. Au pied de la fameuse coupole dorée du Dôme du Rocher, trois jeunes Palestiniennes ont obtenu des autorités israéliennes une autorisation de visite pour la journée. Elles font des clichés avec leur mobile en insérant au premier plan une feuille où sont écrites des bénédictions à l’attention de proches à qui l’accès à la ville trois fois sainte est interdit, un « salam » plutôt qu’un selfie. Interpellé, Alcântara entreprend alors sa propre rihla, tradition islamique entre le carnet de voyage et la pérégrination initiatique.

Dans la première partie, l’auteur traite du fait religieux, socle de la « jérusalémité », sans jamais tomber dans le terre-à-terre des multiples conflits qui le polluent. Une échappée vers le haut, pas une esquive. Le photographe parvient à capter l’expression de la spiritualité dans sa profondeur humaine, au point qu’elle semble parfois dissoudre la diversité des appartenances confessionnelles.

La deuxième partie, consacrée à des scènes profanes de la vie quotidienne, reflète de belles quêtes de convivialité, jamais banales dans cette ville. On capte sans peine l’attention que l’auteur porte à la cause du peuple palestinien, mais elle ne vient jamais saturer l’image. Sur un bateau de promenade, au large de Jaffa, des Palestiniennes se mettent à chanter, déclenchant la danse de deux jeunes religieux israéliens qui les salueront d’un « Allahu Akbar ». L’historien Vincent Lemire, directeur du Centre de recherche français à Jérusalem et spécialiste réputé de cette ville, rappelle volontiers que sa longue histoire est largement dominée par la paix et la concorde.

La qualité des images est au-dessus du lot, tant par la finesse de leur propos que par l’éclairage, le cadrage et l’unité chromatique, impeccables. Et ce qui pourrait n’être qu’un très beau livre prend toute sa dimension d’essai avec de longues légendes rédigées dans l’esprit de la rihla : des textes factuels et précis, en résonance avec la fibre et l’expérience de l’auteur, toujours dans la délicatesse et le respect de leur sujet (la bibliographie compte une quarantaine d’ouvrages). « C’est assez magistral », salue un Vincent Lemire bluffé.

Jérusalem, un essai photographique Altair Alcântara, Hémisphères éditions, 160 pages, 28 euros


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.