Ces flics qui roulent des mécaniques sur Instagram

Sur Instagram, des « Brav-M » affichent leur goût pour la violence et les grosses motos, avec l’assentiment de leur hiérarchie.

Des milliers d’abonnés, des selfies en tenue de maintien de l’ordre, des vidéos de manifestations sur musique guerrière… Bienvenue chez les « influenceurs » des brigades de répression de l’action violente motorisées, les Brav-M. Souvent jeunes, ils allient parfaitement la passion pour leur travail et les codes des réseaux sociaux, qui leur permettent de renforcer la communication policière.

Les Brav-M sont les unités motocyclistes anticasseurs inaugurées en mars 2019. Elles ont pris le relais des détachements d’action rapide (DAR), créés au début du mouvement des gilets jaunes. Équipées de LBD et de diverses grenades, elles sont bien connues des manifestants, qui les craignent pour leurs violences offensives. Les policiers qui -composent ces unités ont si bien fait la preuve de leur efficacité que, fin 2020, la préfecture de Paris a créé une Brav-M permanente, la 24e compagnie d’intervention, dont de nombreux « influenceurs » font partie.

Depuis leur création, ces brigades sont énormément mises en avant dans la communication de la préfecture et du ministère de l’Intérieur, ainsi que dans de nombreux reportages et articles de presse. En louant l’efficacité de ces agents, la hiérarchie a pu redorer son blason après les échecs cuisants de maintien de l’ordre lors des premiers actes des gilets jaunes parisiens. Cette exposition, la tenue noire, les motos sportives, l’atmosphère virile et un rapport intense à l’action ont donné à ces policiers le sentiment de faire partie d’une élite et l’envie d’en montrer encore plus.

Le visage découvert, en vacances avec son amie, un policier de la 24e compagnie d’intervention adresse sur sa story Instagram une « dédicace aux Black Blocs » : « Je reviens bientôt signer les autographes », crâne-t-il. Les photos et vidéos postées (qui disparaissent 24 heures après avoir été publiées) montrent que ces agents de la Police nationale semblent avoir du mal à tracer une ligne claire entre leur vie privée et leur activité professionnelle. En congé et en famille, ils sont policiers avant tout.

Ce type de message révèle aussi un appétit pour l’intervention, la violence et le combat, ainsi que l’obsession d’être à tout moment un guerrier au service de l’ordre. On retrouve cet attrait pour la violence viriliste dans de nombreuses publications, comme des vidéos qui reprennent les codes de propagande moderne utilisés par divers groupes armés, qu’ils soient institutionnels ou non. Des musiques guerrières, des ralentis et une mise en avant à la gloire de ces « combattants » : toutes les symboliques du genre y passent.

Ils sont jeunes, masculinistes, adeptes de vitesse, et maîtrisent parfaitement les codes des réseaux sociaux.

Pour leurs auteurs, c’est aussi la possibilité de mettre en valeur leur matériel : les grosses motos, l’uniforme noir et tout l’équipement. Cet affichage insistant est un élément typique de la culture professionnelle de ce groupe, destiné à créer un sentiment d’appartenance et de cohésion. Ces canaux de communication sont en rupture avec le discours de la hiérarchie policière, qui cherche à lever les barrières entre la police et la population, à regagner la confiance de celle-ci, et insiste sur le côté humain du métier. Ici, on remet des barrières symboliques avec l’imagerie guerrière, les badges et l’uniforme. L’individu disparaît sous l’attirail.

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