L’Église en proie au mâle

Au lendemain des révélations du rapport Sauvé, le président de la Conférence des évêques de France a cru bon de balayer l’obligation pour les confesseurs de signaler les cas de violences sexuelles.

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La dignité imposait, a minima, que le président de la Conférence des évêques de France s’en tienne à confesser sa honte absolue, le 6 octobre, au lendemain des abasourdissantes révélations du rapport que la commission Sauvé : de 1950 à aujourd’hui, 216 000 personnes mineures ont été victimes d’agressions sexuelles de la part d’un prêtre ou d’un religieux, et jusqu’à 330 000 en incluant les actes commis par des laïcs dans l’orbe de l’Église catholique (catéchistes, accompagnateurs de jeunes…).

Au lieu de cela, Éric de Moulins-Beaufort (photo) a cru devoir balayer une des préconisations du rapport invitant l’Église à clarifier auprès des confesseurs l’obligation de signaler aux autorités compétentes les cas de violences sexuelles sur mineur·e ou sur une personne vulnérable : « Le secret de la confession s’impose à nous […], il est plus fort que les lois de la République. » Tollé politique pour un quasi lapsus terrible : le prélat semble justifier, en filigrane, une tradition d’omerta qui a favorisé (pour ce qu’on a pu en mesurer) des décennies de crimes de pédophilie au sein d’une institution catholique qui savait, pour au moins 1 800 des déviants.

Car il convient de s’en tenir au masculin dans cette cohorte écœurante où n’apparaissent qu’une dizaine de femmes, et qui place l’Église au deuxième rang des institutions où la pédocriminalité sévit le plus, après la famille. Alors que les fidèles s’épanchent sur les réseaux sociaux autour du hashtag #AussiMonEglise, sur le modèle #MeToo, la sociologue Nathalie Bajos leur donne raison en identifiant les révélations du rapport comme la manifestation extrême d’une domination masculine. L’institution catholique a confié à des hommes, qui plus est commis à l’exigence du célibat, l’exclusivité du magistère qu’elle prétend détenir d’essence divine, et qui donne une emprise morale à ses prélats sur leurs ouailles. Le rapport Sauvé, par l’impact qu’il pourrait avoir à terme sur les fidèles, mais aussi sur l’immense majorité des prêtres et des religieux a priori non impliqués, porte à un point critique le problème qu’entretient la maison Église avec la masculinité et la sexualité.

Dès lors, convient-il de qualifier simplement « d’irresponsable », comme le font certains en interne, une gestion du personnel qui a souvent consisté à déplacer des prêtres pédophiles d’un diocèse à l’autre, afin de faire localement cesser les troubles pour mieux les favoriser ailleurs ? Au-delà de la déplorable banalité de pratiques managériales consistant à glisser la poussière sous le tapis, ne s’agit-il pas aussi, dans la piètre réplique d’un Moulins-Beaufort, de protéger les prérogatives de la plus vaste multinationale de mecs de la planète ?


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