Merci beaucoup, Éric Ciotti

Le député niçois s’est-il offusqué de l’aménagement de la peine de Nicolas Sarkozy ? Non point.

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Entre 2007 et 2012, rappelons-nous : Nicolas Sarkozy a été président de la République française. C’est à cette époque-là qu’un député niçois de son parti (1) du nom d’Éric Ciotti, déjà dominé par de frénétiques bouillonnements sécuritaires, lui avait remis, le 7 juin 2011, un rapport prônant le renforcement des peines de prison. Ce document, évidemment regardé comme « explosif » par la presse réactionnaire, préconisait notamment la création de « structures pénitentiaires légères » installées sur d’« anciennes emprises militaires » ou dans des_« immeubles privés ». Il proposait aussi d’en finir avec certains aménagements de peine, car, expliquait alors M. Ciotti : « Le problème de ces aménagements, c’est que les victimes, et plus globalement les citoyens, ne comprennent pas qu’une peine prononcée publiquement au nom du peuple français puisse être transformée dans le secret d’un cabinet. »_

Dix ans plus tard, le même Sarkozy vient comme on sait d’être condamné, le 30 septembre, et pour la deuxième fois en sept mois, à une peine d’un an de prison ferme – dont le tribunal, magnanime, a toutefois décidé qu’elle serait aménagée en détention à domicile sous surveillance électronique.

M. Ciotti s’en est-il offusqué ? A-t-il, dans l’instant, vitupéré, comme il l’avait donc fait dans son rapport d’il y a dix ans, contre les juges qui, dans le secret de leur délibération, venaient ainsi de transformer une peine prononcée publiquement au nom du peuple français en une détention aménagée ? Non point : M. Ciotti a tout au rebours twitté un message de « soutien » et d’« amitié au Président Nicolas Sarkozy(2) ».

Il est vrai qu’il n’a pas succombé seul, au sein de la droite dite républicaine, à ce soudain accès de laxisme. Valérie Pécresse, par exemple, qui avait de son côté proclamé trois jours plus tôt qu’« on a[vait] » en France « un vrai problème », et que ce problème était qu’« on n’incarcère plus dans notre pays », a elle aussi très soudainement abandonné ce rêche registre de l’exhortation permanente à toujours plus d’inclémence contre la petite délinquance – pour tweeter plutôt, sans lésiner elle non plus sur les majuscules de majesté : « Nicolas Sarkozy a été un grand Président de la République. J’ai été fière d’appartenir à son gouvernement et de sa confiance. Je sais qu’il se battra jusqu’au bout pour défendre son honneur et je lui adresse aujourd’hui un message d’amitié. »

Merci, donc, Éric Ciotti. Merci, Valérie Pécresse. Merci d’avoir ainsi fait, sans qu’il soit même besoin de vous le demander, la si prompte et si spectaculaire et si définitive démonstration de votre incommensurable tartuferie.

(1) L’Union pour un mouvement populaire (UMP), devenue Les Républicains (LR) en 2015.

(2) Mais qu’on se rassure : dès le lendemain, il revenait à sa férocité habituelle – en exposant dans Le Figaro ses « propositions pour vraiment expulser les clandestins soumis à une obligation de quitter le territoire » français.


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