Atteintes aux libertés : L’islam en ligne de mire

S’éloignant de l’esprit de la loi de 1905, une certaine conception de la laïcité s’impose depuis une vingtaine d’années. Elle vise en priorité les personnes musulmanes, soupçonnées de ne pas vouloir s’y soumettre.

Stéphanie Hennette-Vauchez  • 23 novembre 2021 abonné·es
Atteintes aux libertés : L’islam en ligne de mire
La salle de prière de la Grande Mosquée de Paris.
© Sandrine Marty/Hans Lucas/AFP

Bien que la loi du 9 décembre 1905 ne se réfère pas au mot, on considère généralement qu’elle détermine le régime de laïcité au sein duquel il convient d’articuler, en France, les libertés de conscience, de culte et de religion. Les deux premiers articles du texte énoncent, d’une part, que la République « assure » la liberté de conscience et qu’elle « garantit » le libre exercice du culte et, d’autre part, qu’elle « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Si la mise en œuvre de la loi au début du XXe siècle a été l’occasion de tensions, le rôle du droit s’est vite révélé apaisant, notamment à travers une interprétation libérale du texte qui a permis d’affirmer avec rigueur la portée des obligations de neutralité religieuse pesant sur les personnes publiques tout en garantissant la liberté religieuse : son de cloches, processions, tenues des ministres du culte.

Le grand juriste Jean Rivero pouvait ainsi écrire en 1949 que, en dépit de tous les débats politiques et philosophiques relatifs à la laïcité, « le seuil du droit franchi, les disputes s’apais[aient] » car, « pour le juriste, la définition de la laïcité ne soulève pas de difficulté majeure », la laïcité étant entendue « en un seul et même sens : celui de la neutralité religieuse de l’État (1) ».

Une telle définition ne semble toutefois plus suffire à rendre compte de la compréhension contemporaine de la laïcité. On l’invoque aujourd’hui pour justifier, pêle-mêle, le refus des signes religieux à l’école, au travail ou dans certains espaces publics, l’impossibilité de menus de substitution dans les cantines lorsqu’ils sont demandés pour des motifs liés à la religion, une plus grande intransigeance face à certains usages de la liberté d’expression, voire le nécessaire renforcement de la politique sécuritaire. Et, presque à chaque fois, le cœur de la dispute, c’est l’islam : le voile (ou parfois la barbe), les menus hallal, l’irruption de la lutte contre la radicalisation (presque toujours islamique) dans l’ensemble des politiques publiques… À telle enseigne que non seulement certaines associations nationales

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?
Politique • 9 octobre 2026 abonné·es

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?

Ce 12 octobre, le coprésident de Place publique a remporté la primaire sociale-démocrate octobre, en glanant 66,17 % des 120 000 votants en ligne. Une question brûlante a animé les derniers jours de campagne : sa victoire serait-elle synonyme de la fin du parti à la rose ?
Par Névil Gagnepain
Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »
Reportage • 8 octobre 2026

Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »

Pour la première fois depuis le début du mouvement dans les lycées, l’université parisienne Panthéon-Assas a été bloquée. Parmi les étudiants en droit de la faculté historiquement marquée à droite, les débats ne manquent pas, dont le futur projet de loi du gouvernement.
Par William Jean
À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 
Médias • 7 octobre 2026 abonné·es

À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 

Ce mercredi 7 octobre, des poubelles bloquent l’entrée de l’École supérieure de journalisme de Lille. En assemblée générale, les étudiant.es s’interrogent et alertent notamment sur le traitement médiatique du mouvement lycéen.
Par Louis Witter
Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 
Reportage • 7 octobre 2026 abonné·es

Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 

La colère lycéenne a vite gagné toutes les régions et notamment les établissements situés en zone rurale. À Alençon, dans l’Orne, les lycéen·es se sont organisés pour tenir.
Par Céline Martelet et Paul-Elyes Hecham