« Il faut casser le monopole des plateformes en ligne et inciter les utilisateurs à partir »

Contre l’hégémonie des réseaux sociaux et la haine qui y circule, Bastien Le Querrec, de la Quadrature du Net, milite pour l’interopérabilité, soit la possibilité, par exemple, d’échanger sur Facebook sans y être inscrit.

Les révélations de Frances Haugen, ex-employée de Facebook et lanceuse d’alerte, le confirment : après l’élection présidentielle américaine de 2020, Facebook a désactivé un filtre contre la désinformation pour rendre ses utilisateurs plus captifs et réaliser davantage de bénéfices. Les profits ont ainsi primé sur la sécurité.

Doit-on pour autant réguler les réseaux sociaux ? Sexisme, homo-phobie, racisme ou encore harcèlement… Les contenus haineux de toutes sortes y circulent, souvent plus rapidement que le reste. Mais les solutions pour contrer ce phénomène ne se bousculent pas, et le gouvernement français actuel opte pour une censure verticale. Sur injonction de l’État, ce serait aux plateformes de bloquer les contenus terroristes ou malveillants dans un temps réduit, au risque d’une « surcensure », pour éviter d’importantes sanctions financières. D’autres soulèvent l’idée moins sérieuse de mettre fin à l’anonymat, principe fondateur et fondamental d’Internet.

L’association La Quadrature du Net, par la voix de Bastien Le Querrec, propose une échappatoire horizontale et décentralisée : l’inter-opérabilité. Il serait ainsi -possible de déserter les grandes plateformes sans pour autant s’isoler.

D’un côté, des pages Facebook comme Nantes révoltée, Sud-Rail ou Cerveaux non disponibles ont déjà connu des censures par invisibilisation de leurs contenus. De l’autre, les algorithmes de cette plateforme mettent en avant des contenus ou des groupes d’extrême droite, comme cela a pu être le cas lors de l’invasion du Capitole, à Washington, le 6 janvier, par des suprémacistes blancs. Selon vous, est-il faisable, voire souhaitable, de réguler les réseaux sociaux ?

Bastien Le Querrec : Tout d’abord, il faut prendre ce débat avec des pincettes. Les contenus haineux ne prolifèrent pas, ils sont mis en avant par certains acteurs d’Internet. Les algorithmes de Twitter ou Facebook relaient et propulsent des propos d’extrême droite, sexistes ou homophobes parce qu’ils ont un intérêt économique à le faire, pour rendre leurs utilisateurs captifs avec des contenus -clivants. Mais ça ne veut pas dire que c’est représentatif des débats. Il y a plusieurs manières d’envisager ce problème et même nous, à la Quadrature du Net, nous n’avons pas un avis tranché.

Une première position tend à dire : ces plateformes sont incontournables, il faut donc les réguler, l’État doit avoir son mot à dire. Il peut y avoir de la censure par « enterrement » : cela consiste à ralentir ou à réduire drastiquement la visibilité d’un contenu considéré comme problématique, mais celui-ci existera toujours sur la plateforme. Ou alors une régulation forte, avec une vraie censure, une suppression définitive des contenus.

L’anonymat est une garantie essentielle qu’il faut préserver.

Le problème de ces réponses, c’est qu’elles sacralisent le rôle de ces acteurs au point de leur conférer un statut de -service public. Il faudrait dire à Facebook : « Tel contenu anarchiste, de centre-droit ou de droite réactionnaire (mais dans la légalité) peut avoir sa place ici. » C’est une position tenable, mais elle renforce la position des grandes plateformes comme seuls espaces d’échanges sur Internet.

Nous sommes convaincus, à la Quadrature du Net, que le problème du harcèlement ne vient pas seulement des plateformes, de la manière dont elles se constituent, se régulent ou non. Il relève aussi d’un manque de moyens de la justice et de la police, et d’une faille d’éducation. Ce n’est pas une problématique propre au numérique.

La loi Avia, en grande partie censurée par le Conseil constitutionnel, proposait que les grandes plateformes soient soumises à une obligation de moyens en matière de retrait des contenus haineux en ligne. Grâce, notamment, à un lobbying du gouvernement français, une partie de ces dispositions ont été adoptées à l’échelle européenne. Comment interpréter ce passage en force ?

Il y a un problème de méthode. Le gouvernement tente de faire passer une loi, une institution lui dit non, et il va voir ailleurs pour avoir gain de cause ! Qu’importe ce que diront les juges et les associations de défense des libertés. C’est un bras d’honneur à l’État de droit.

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