Happy end chez Bolloré

Après avoir contribué à l’élévation d’un éditocrate xénophobe, Christine Kelly est décorée.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


En 2018, Christine Kelly, ex-membre – entre 2009 et 2015 – du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), est devenue présentatrice chez Bolloré.

Elle anime désormais, sur CNews, une émission quotidienne où elle a été, jusqu’à l’automne 2021, l’accompagnatrice d’Éric Zemmour et de ses vociférations journalières contre les gauchistes, contre les musulman·es, contre les migrant·es et contre les musulman·es, et la « modératrice » des débats opposant cet agitateur d’extrême droite à des hôtes choisis par lui, et en face desquels il vitupérait contre les gauchistes, contre les musulman·es, contre les migrant·es et contre les musulman·es.

Mais même les plus belles choses ont une fin et, comme on sait, l’individu en question, plusieurs fois poursuivi et deux fois condamné pour provocation à la haine raciale et religieuse, s’est lancé, après s’être découvert un destin présidentiel, dans une campagne électorale durant laquelle il a notamment tweeté, le 27 novembre, qu’il était le « véritable adversaire » des antifascistes – confession qui a du moins le mérite de dire tout ce qu’il y a à savoir sur sa propre identité politique. De sorte qu’après avoir longuement retardé le moment où il perdrait cette tribune, il a dû se résoudre à quitter le studio où officie Christine Kelly, qui n’a pas fait mystère de la profonde affliction dans laquelle ce départ la plongeait.

Dans ses fonctions, cette employée modèle, très investie dans la défense de la liberté d’expression, n’a pas seulement contribué à l’élévation d’un éditocrate xénophobe : elle sait aussi faire preuve, dans les moments difficiles, d’une parfaite maîtrise. Ainsi, lorsqu’un outrecuidant humoriste, Sébastien Thoen, est sèchement remercié par Bolloré après avoir eu l’effronterie de rire d’un autre animateur de CNews (du nom de Pascal Praud), Christine Kelly, bridant le mépris que suscite en elle la censure, ne s’étend guère sur ce que lui inspire cette sanction. Et quand le CSA constate un manque de pluralisme sur cette chaîne devenue la deuxième maison de la réaction, elle s’offusque de cette immixtion.

Happy end : ce constant dévouement a finalement été reconnu pour ce qu’il était. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer d’Emmanuel Macron, vient en effet d’élever la présentatrice au grade d’officier dans l’ordre national du Mérite, « second ordre national après la Légion d’honneur », qui récompense, comme l’explique son site officiel, « les personnes » qui ont « rendu des “services distingués” » – c’est-à-dire « des actes de dévouement, de bravoure, de générosité, de réels mérites ou un engagement mesurable au service des autres ou de la France » –, mais qui, en dépit de cet engagement exemplaire, « ne présentent pas encore les qualifications suffisantes pour accéder à la Légion d’honneur » : on devine que, pour peu qu’elle reste concentrée, Christine Kelly, auprès de qui l’ultraréactionnaire Mathieu Bock-Côté a depuis quelques semaines pris la place d’Éric Zemmour, décrochera bientôt ce graal décoratif.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.