Amundi : derrière la « finance durable », des investissements qui aggravent la crise climatique

Alors que le gestionnaire d’actifs, filiale du Crédit Agricole, vante ses avancées en matière d’investissements durables, les engagements peinent à se traduire concrètement. L’ONG Reclaim Finance dénonce un soutien aux développeurs d’énergies fossiles qui perdure.

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« Être un investisseur responsable, c’est l’être à 100 % ». Sur son site internet, Amundi, filiale du Crédit Agricole, se présente comme un élève modèle de la lutte contre le changement climatique. Pour la plus importante société de gestion d’actifs française, l’investissement « responsable », c’est « un pilier fondateur de sa raison d’être ». Elle soutient pourtant des entreprises porteuses de plans d’expansion dans les énergies fossiles.

Dans son « enquête sur le géant de l’investissement », publiée le 27 janvier, l’ONG Reclaim Finance, qui milite pour que la finance soit au service du climat, pointe l’impact négatif des investissements d’Amundi en matière de lutte contre le dérèglement climatique : développement d’une gestion passive des actifs qui laisse la porte ouverte aux pollueurs ; soutien renouvelé en faveur d’entreprises qui développent de nouvelles mines et centrales à charbon ; investissements dans le pétrole et le gaz, particulièrement en zone Arctique. « Amundi, autrement dit le Crédit Agricole, n’est pas toujours un acteur exemplaire », souligne Lara Cuvelier, chargée de campagne investissements durables chez Reclaim Finance.

Gestion passive

Avec 1811 milliards d’euros d’actifs sous gestion, Amundi est le plus important gestionnaire de ce type en Europe. Il est même le seul à figurer dans le top 10 des plus gros acteurs de ce marché au monde. Il est présent au capital de la majorité des grandes entreprises françaises et européennes et gère l’épargne salariale et la retraite de plus de quatre millions de Français. En rachetant le groupe Lyxor, début janvier, la société est au passage devenue le plus grand fournisseur européen d’Exchange Traded Fund (ETF), des produits gérés de façon passive. Juste derrière BlackRock.

Pour Reclaim Finance, cette multiplication des fonds de gestion passive au sein d’Amundi constitue une menace pour le climat. Un fond de gestion passive suit un indice, dont il copie le contenu. Il peut par exemple être indexé sur le CAC 40 et en dupliquer la répartition : si Total représente 3 % de capitalisation dans le CAC 40, il pèsera 3 % du fonds. Une configuration qui permet à Amundi de se décharger de sa responsabilité de gestionnaire : si les développeurs de charbon, de pétrole ou de gaz sont présents dans le CAC 40, le gestionnaire d’actifs estime que cela ne relève en rien de sa responsabilité. « La plupart des gestionnaires d’indice, dont Amundi, affirment qu’ils ne peuvent pas appliquer d’exclusion de secteurs sur ces fonds, précise Lara Cuvelier. On leur répond que si, c’est possible ! Et déléguer la gestion, en copiant des indices, c’est déjà un choix. »

Si Amundi a mis en place une « politique charbon », pour diminuer son soutien aux entreprises polluante, cette politique ne s’applique pas à ces fonds de gestion passive, qui représentent plus de 15 % des actifs de la société, soit 282 milliards d’euros. Amundi prévoit d’augmenter ce type de fonds, pour atteindre 420 milliards d’euros d’actifs gérés de façon passive en 2025. Autrement dit, ce sont 420 milliards qui échapperont à ces règles d’investissement et pourront donc bie être utilisés dans les secteurs les plus intensifs en termes d’émission de gaz à effet de serre.

Soutenir les développeurs de charbon

Faute d’exclure les entreprises polluantes de ces fonds, Amundi prétend utiliser ses droits de vote aux assemblées générales des entreprises dont elle est actionnaire pour sanctionner celles qui continuent à développer de nouveaux projets dans les énergies fossiles. Pourtant, l’analyse des votes menée par Reclaim Finance démontre au contraire que la société de gestion a soutenu 78 % des résolutions proposées par la direction de treize grands développeurs de charbon. Amundi a par exemple voté en faveur du plan « climat » de Glencore, dans lequel le géant minier indique qu’il « continuera à opérer ses mines [de charbon] jusqu’à la fin de leur durée de vie », soit après 2050 !

Pourtant, Amundi affiche de grandes ambitions en matière climatique, et se présente comme un leader de la finance durable. La société a rejoint la Net Zero Asset Manager Initiative, ce qui l’engage à réduire d’au moins 50 % ses émissions de CO2 d’ici à 2030, pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais avec une augmentation d’actifs non réglementés et un soutien continu aux acteurs du charbon, du pétrole ou du gaz, les engagements s’annoncent difficiles -voire impossible - à tenir.


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