Classe « dangereuse » : une parole disqualifiée

La voix des pauvres et des minorités reste inaudible, voire empêchée, en politique comme dans les médias. Au risque d’attiser un sentiment d’injustice néfaste à la cohésion républicaine.

Erwan Manac'h  • 19 janvier 2022 abonné·es
Classe « dangereuse » : une parole disqualifiée
La violence symbolique appliquée d’ordinaire aux banlieues a été reproduite envers les gilets jaunes.
© Martin Lelievre/Hans Lucas/AFP

S’inviter dans l’arène médiatique lorsqu’on ne répond pas aux critères de l’acceptabilité s’avère souvent une expérience éprouvante. Ils sont nombreux – pauvres, de couleur, femmes, voire, pire, les trois à la fois – à partager ce sentiment d’iniquité, même si nos écrans exposent désormais une diversité de visages.

« Quand on est un militant des quartiers populaires, antiraciste, et encore plus quand on est musulman, c’est quasiment impossible d’avoir accès aux grands médias, dénonce Youcef Brakni, membre du comité Justice pour Adama. Il faut qu’on fasse des choses énormes ou inattendues pour rendre nos combats visibles. »

Plusieurs études ont permis d’éclairer ce sentiment d’injustice (lire infographies). Dans la fiction, elles montrent une prédominance de la figure de l’homme blanc, qui monopolise à lui seul la moitié des personnages principaux. « De nombreuses histoires ne sont pas racontées, souligne la chercheuse en sciences de l’information Sarah Lécossais, missionnée par le Collectif 50/50 pour une étude sur la diversité au cinéma. Songez par exemple qu’il n’y a que 6 % de femmes non blanches à l’écran ! » Le constat est similaire dans la sphère politique, où les ouvriers et employés sont largement sous-représentés, tous partis confondus, alors même que « tout le monde se revendique du peuple », note Raphaël Challier, sociologue à l’université Paris-8.

Invisibles ou mal représentées, les personnes issues des minorités ou des classes populaires se sentent aussi fréquemment censurées. Même Omar Sy, intronisé trois années de suite « personnalité préférée des Français » et encore aujourd’hui « numéro 3 » dans ce classement, a confessé son amertume face aux réactions déclenchées par une tribune qu’il avait publiée en juin 2020 dans L’Obs contre les violences

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Société
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