Ukraine : Un schisme de gauche

L’invasion russe force les candidats à la présidentielle à se positionner. À gauche, deux fronts s’opposent sur la responsabilité de l’Otan dans l’escalade des tensions et l’aide militaire que doit apporter l’Europe à l’Ukraine.

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À gauche, les tranchées se creusent. Alors que le conflit gagne en intensité, la crise ukrainienne percute la campagne présidentielle. Les interventions médiatiques, les communiqués et déclarations dans les QG de campagne se multiplient. Et, sur cette question, les candidats de gauche se divisent encore un peu plus. La fracture s’enracine.

Pourtant, à première vue, tous ont dénoncé l’invasion russe d’une même voix. Au 24 février au matin, Jean-Luc Mélenchon est le premier à qualifier, dans un communiqué, l’agression russe « de pure violence manifestant une volonté de puissance sans mesure. Une escalade insupportable est provoquée ». « Une agression sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale contre un pays européen, contre une démocratie », écrit l’écologiste Yannick Jadot dans un communiqué.La socialiste Anne Hidalgo appelle à une réaction ferme « devant cet acte injustifié et criminel ». Le communiste Fabien Roussel, en meeting à Avion dans le Pas-de-Calais, condamne « sans réserve cette invasion » menée par « un nationaliste, un autoritaire, un compagnon de l’extrême droite française ».

Mais derrière ces déclarations visiblement unanimes se dessine en toile de fond une profonde guerre de positions où les deux camps ne se laissent aucun répit. À commencer par la maire de Paris investie par le Parti socialiste qui, dans une « déclaration solennelle »à son QG de campagne le 23 février, met consciemment sur le même plan Jean-Luc Mélenchon et les candidats d’extrême droite : « Le Pen, Zemmour, Mélenchon renversent les rôles et se font les complices des nationalistes agressifs et des impérialistes. Il faut transformer ses discours qui n’ont que pour but de transformer les agresseurs en agressés. »

Yannick Jadot avait appelé, lui, à un rassemblement le 24 février devant l’ambassade de Russie à Paris. L’occasion aussi de tirer une cartouche sur le candidat insoumis. « L’analyse de Mélenchon n’est pas celle des écolos, qui n’ont jamais choisi entre les bonnes et les mauvaises dictatures, lançait le candidat vainqueur de la primaire des Verts. Il fait vivre une guerre froide qui n’est pas le sujet de l’Ukraine et victimise Poutine en dépit du sort des journalistes, des démocrates et des Tchétchènes. »

En ligne de mire, la « complaisance » ou la « complicité », selon les mots de l’écologiste et de la socialiste, de Jean-Luc Mélenchon à l’égard du régime russe. L’insoumis défend une position « non-alignée » et « anti-atlantiste ». Comprendre : ni soutien à la Russie ni aux États-Unis. Une approche qui tend à expliquer les velléités d’offensives russes par la pression exercée par la puissance nord-américaine à travers l’Otan.

Une vision similaire à celle portée par les candidats à gauche de la gauche : le communiste Fabien Roussel et la candidate de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud. Le premier explique, dans un communiqué publié le 24 février, que « la responsabilité collective revient aussi à tous ceux qui ont nourri le feu de la confrontation aux portes de la Russie en laissant entendre que l’Ukraine pouvait intégrer l’Otan ». La candidate trotskiste met dos à dos la Russie et l’Otan. Pour elle, dire que la Russie attaque l’Ukraine serait « une façon mensongère de présenter la situation », affirme-t-elle sur France 5 le même jour. Une attitude diamétralement opposée à Anne Hidalgo et à Yannick Jadot, tous deux profondément attachés à cette alliance militaire.

Autre point de tension : la livraison de matériels militaires à l’armée ukrainienne. Aux pieds de l’ambassade russe, Yannick Jadot annonce que « les écologistes soutiennent l’envoi d’armes de défense pour que le peuple ukrainien se défende » ; la veille au soir, sur LCI, il n’y était « pas favorable ». Même son de cloche du côté de la socialiste qui, en meeting à Bordeaux ce 26 février, demande « la livraison de matériel militaire ». 

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il dénonce l’inutilité des sanctions économiques demandées par ses rivaux à gauche. Et son avis est le même sur le soutien matériel que devrait fournir l’Europe. « La guerre sur le terrain est perdue. Où iraient toutes ces armes ? », demande l’insoumis sur Franceinfo le 25 février, qui préfère dérouler ses priorités : un cessez-le-feu, l’exigence de la sortie de l’armée russe du territoire ukrainien, et la tenue d’une conférence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Bref, à gauche, l’escalade des tensions intestines est également à l’ordre du jour.


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