Guerre(s) de vulnérabilités

Face au défi climatique, les scientifiques du Giec sont une fois de plus catégoriques : la planète bleue est dans le rouge.

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Même si ses conclusions n’ont plus rien de surprenant, il était attendu avec impatience et anxiété. Le nouveau rapport du Giec détaille, région par région, les impacts du changement climatique sur l’ensemble du vivant. Et alerte sur l’urgence de développer les capacités d’adaptation des sociétés. Malheureusement, son écho risque d’être atténué car les yeux du monde entier sont rivés vers l’Ukraine envahie par les troupes russes. (Leur précédent rapport paru en août 2021 avait été éclipsé par l’éphémère Messimania touchant les médias et les supporters du PSG…) La guerre en Ukraine et ses victimes constituent une véritable tragédie, qui justifie la mobilisation internationale. Pourtant, la plus grande menace qui pèse sur le monde n’a changé ni de visage ni de nature. Face au défi climatique, les scientifiques sont une fois de plus catégoriques : la planète bleue est dans le rouge, les émissions de gaz à effet de serre sont déjà responsables d’un réchauffement d’environ 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle sur la période 1950-1990. Et le seuil de +1,5 °C fixé par l’accord de Paris en 2015 sera franchi en 2030, dix ans plus tôt que prévu.

« Perdre du temps, c’est périr ! », a clamé, d’un ton martial, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Il a également dénoncé « l’abdication criminelle » des dirigeants mondiaux nous obligeant aujourd’hui à regarder en face cet « atlas de la souffrance humaine ». Ce rapport insiste sur le côté systémique des inégalités sociales et environnementales, car si près d’un humain sur deux vit dans une région vulnérable aux impacts du changement climatique, cette « vulnérabilité est plus élevée dans les endroits déjà confrontés à la pauvreté, aux problèmes de gouvernance, à l’accès limité aux services et ressources de base, aux conflits violents ». Sans surprise, les auteurs du rapport rappellent que la faune et la flore paient déjà un lourd tribut aux déséquilibres à l’œuvre.

Certes, les systèmes d’adaptation mis en place sont globalement efficaces, mais pas encore suffisants. La dépendance de nombreux pays aux énergies fossiles est un catalyseur puissant du dérèglement, engendrant sur le long terme pauvreté, famine, insécurité et, in fine, des conflits armés. Les mots de Svitlana Krakovska, déléguée ukrainienne pour le Giec, doivent servir de boussole pour les prochaines années : « Nous ne capitulerons pas en Ukraine et nous espérons que le monde ne capitulera pas dans sa construction d’un avenir climatique durable. » Son courage est un exemple à suivre. L’enjeu, crucial et planétaire, est également vertigineux. Et peut se résumer ainsi : éviter des guerres de vulnérabilités pour la maîtrise des ressources agricoles et aquifères. Des guerres qui se conjuguent au présent et au futur.


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