La Primaire populaire, au bout du fiasco

Samedi 5 mars, le conseil d’administration de la Primaire populaire a décidé d’apporter son soutien à l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon.

Patrick Piro  • 9 mars 2022
Partager :
La Primaire populaire, au bout du fiasco
© Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

La frivolité de ces sans-souci qui craquent les restes d’un héritage inattendu dans une ultime fête a de quoi laisser pantois. Samedi 5 mars, le conseil d’administration de la Primaire populaire a décidé d’apporter son soutien à l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon. Une conclusion en fanfare, à la hauteur d’une série d’embardées obstinées.

Le processus était né d’une très sympathique ambition : contraindre les partis politiques de la gauche et de l’écologie, qui s’en montrent impuissants, à jouer collectif, sous les acclamations d’un vaste mouvement citoyen.

Une initiative plombée dès le début : les chef·fes à plume prennent l’initiative de haut. Mélenchon le premier, qui avait déjà tranché en faveur de sa propre stratégie mouvementiste (derrière lui). La Primaire populaire s’en accommode et bricole. Le processus de désignation a retenu des poids lourds qui le récusent (Mélenchon, Jadot puis Hidalgo). Peu importe, on votera quand même. Fin janvier, Christiane Taubira l’emporte, dans un succès cousu de fil blanc. Nouvelle illusion prévisible : la candidate de la dernière heure ne s’avérera jamais en capacité d’être « de rassemblement », condamnée à n’être qu’« une de plus ». La Primaire populaire se fait toute petite. Le 4 mars, Taubira n’a obtenu que 274 parrainages sur les 500 nécessaires. Fin de partie ? Toujours pas. La Primaire populaire donne un dernier coup de barre en se prononçant en faveur de l’Union populaire, « meilleur véhicule politique pour faire gagner nos idées ».

Les décisionnaires tentent de s’expliquer dans une conférence vidéo lunaire : en coulisses, mi-février, la Primaire populaire s’est transformée en une association dotée d’une nouvelle gouvernance. Cet appel au « vote utile » n’engage pas les 470 000 inscrits, qu’il n’était pas techniquement possible de consulter. Ingénuité ? Manipulation ? De la pire espèce, quoi qu’il en soit. C’est le tollé sur les réseaux sociaux, devant une méthode « vieille politique » tellement honnie par la Primaire populaire des débuts : usurpation de légitimité, décision discrétionnaire, puisque c’est d’ailleurs Jadot qui était arrivé en deuxième position du vote de désignation. Mathilde Imer, l’une des deux porte-parole, se retire devant « l’incohérence ». Une trentaine de personnalités proéminentes, enthousiastes au départ, condamnent très sévèrement la décision du 5 mars et en demandent l’annulation, redoutant un rejet durable des initiatives citoyennes dans le champ politique, avec un impact « extrêmement négatif » sur la restructuration des forces de gauche et de l’écologie : par-delà l’échec, c’est désormais le saccage qui est déploré.

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Cinéma : Bolloré réalise une purge
Parti pris 19 mai 2026

Cinéma : Bolloré réalise une purge

Maxime Saada, le patron de Canal+, menace les signataires d’une tribune « Zapper Bolloré » d’être blacklistés, une atteinte grave aux libertés fondamentales. À l’État de prendre ses responsabilités, en faisant passer une grande loi anti-concentration au lieu de préparer le terrain à l’arrivée au pouvoir des néofascistes.
Par Christophe Kantcheff
La fin de vie n’est pas une affaire privée
Parti pris 11 mai 2026

La fin de vie n’est pas une affaire privée

Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient au Sénat, la gauche se retrouve face à ses propres contradictions. Peut-elle défendre l’aide à mourir au nom de la seule liberté individuelle alors qu’elle combat partout ailleurs cette fiction libérale du choix autonome ?
Par Pierre Jacquemain
Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte
Parti pris 11 mai 2026

Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte

Toute la fin de la semaine, le Rassemblement national et les groupuscules d’extrême droite ont donné à voir leur réécriture dangereuse et génocidaire de l’histoire. Dans leurs villes ou dans la rue, leur haine explicite n’a fait que souligner la compromission des autorités.
Par Olivier Doubre
« Faites mieux », qu’il disait !
Jean-Luc Mélenchon 4 mai 2026

« Faites mieux », qu’il disait !

La nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 agit comme un électrochoc à gauche : entre promesse de renouvellement trahie, fracture stratégique persistante et incapacité à construire une méthode démocratique commune, c’est toute une génération politique qui se retrouve sommée de « faire mieux », sans qu’on lui en donne les moyens.
Par Pierre Jacquemain