Le collectif la Clef Revival veut racheter son cinéma

Le collectif la Clef Revival, qui occupait le cinéma du même nom, est maintenant le seul candidat à un rachat, après le retrait de son concurrent, le groupe SOS. Il a présenté son fonds de dotation hier à Paris.

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O n ne s’attendait pas à ce que vous soyez aussi nombreux, ça fait chaud au cœur ! », s’exclame une représentante de la Clef Revival. Ce 28 mars, à la Bourse du Travail de Paris, il y a foule pour cette conférence mystérieusement intitulée « Vendez-nous la Clef ». Il y a même des personnalités du cinéma, comme l’actrice Irène Jacob et la réalisatrice Céline Sciamma.

La Clef, « dernier cinéma indépendant et associatif de Paris », était occupé par un collectif citoyen depuis trente mois, avant son expulsion le 1er mars. L’histoire de ce bâtiment du 5ème arrondissement, propriété du CSE de la Caisse d’Épargne qui l’a mis en vente en 2015, est pleine de rebondissements. En 2018, après de longues négociations avec l’exploitant qui se soldent par un échec, le cinéma ferme jusqu’en 2019, date du début de l’occupation. S’ouvrent alors deux années de projets artistiques, diffusions à prix libres et festivals de cinéma « que l’on ne voit pas ailleurs ». La Clef Revival monte un projet de rachat, pour sortir de l’occupation illégale et faire perdurer ses projets. Mais en parallèle, le groupe SOS, connu pour racheter des associations, se positionne aussi. Celui-ci obtient immédiatement les faveurs du CSE de la Caisse d’Epargne, qui refuse catégoriquement de vendre à la Clef Revival.

En février, un avis préfectoral ordonne la fin de l’occupation. Le collectif se lance dans une action de la dernière chance, organisant des projections de 6h à 23h, où des personnalités du cinéma défilent, et les spectateurs affluent pour voir des films rares, toujours à prix libre. Le 1er mars, la Clef est évacuée. Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Les occupants avaient pour but de tenir jusqu’au mois de juin, date des élections au CSE de la Caisse d’Épargne, qu’ils espéraient voir passer sous une majorité CGT, bien plus favorable à leur projet. Quand soudain, coup de théâtre : la veille de l’expulsion, le groupe SOS retire sa proposition d’achat du cinéma. « L’expulsion, c’était trop mauvais pour leur image », théorise Arthur, du collectif la Clef Revival. De son côté, le groupe SOS a déclaré dans un communiqué le 1er mars ne « pas être chargé de l’expulsion » et avoir toujours voulu travailler avec le collectif pour « construire à leurs côtés un cinéma associatif ».

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Quoi qu’il en soit, un boulevard s’ouvrait en théorie pour le collectif en vue du rachat du cinéma, puisqu’il reste le seul intéressé. Il compte même des soutiens parmi les élus à la Mairie de Paris, comme Danielle Simonnet, conseillère LFI du 20ème arrondissement. Celle-ci a présenté en Conseil de Paris le 23 mars un vœu de soutien au fond de dotation Cinéma Revival, qui comporte un achat ou une préemption immédiate pour une revente au fond. Vœu rejeté au motif qu’il n’y a « plus d’acheteur potentiel ». « On se moque du monde », estime l’élue selon qui la préemption était possible, « mais l’exécutif ne veut pas mettre l’argent, alors que cela a été fait pour la Flèche d’Or et le Lavoir Moderne », deux lieux culturels historiques.

Le projet présenté hier par la Clef Revival s’organise autour de deux axes : tout d’abord un fonds de dotation, propriétaire du bâtiment. Celui-ci louera pour une somme symbolique le cinéma à l’association la Clef Revival, qui l’exploitera en conservant le prix libre et les projets artistiques élaborés durant l’occupation des lieux. L’association prévoit aussi une rénovation architecturale. Pour Danielle Simonnet, « c’est le type de projet pour lequel la Ville est un mécène idéal ». Elle souhaite que l’exécutif parisien s’engage sur une somme précise pour le fonds de dotation. Selon le collectif, le propriétaire serait enfin prêt à négocier. Tout est donc encore possible pour la Clef.


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