Les 36 de Kaboul oubliés par la France
Si des centaines d’Afghans ayant des liens forts avec notre pays ont pu être évacués au moment de la reconquête du pouvoir par les talibans à la fin du mois d’août 2021, plusieurs d’entre eux ont été abandonnés à leur sort. Ils réclament une aide de Paris. En vain jusqu’à présent.
dans l’hebdo N° 1695 Acheter ce numéro

© Wali Sabawoon / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency/AFP
Quand ils ont reçu le feu vert sur WhatsApp, vers 7 heures du matin le 26 août 2021, Fahim (1) et sa femme n’ont pas perdu une seconde. Ils ont pris leur fils âgé de 1 an, un petit sac avec quelques affaires personnelles, ont chargé la batterie de leur smartphone et sont sortis de leur cache. D’autres ont réalisé les mêmes gestes au même moment. Avec le même objectif en tête : atteindre les portes de l’aéroport de Kaboul à midi afin d’être évacués.
Dans la nuit, ces 34 personnes avaient reçu un laissez-passer à leur nom, estampillé « Ambassade de France ». Le groupe WhatsApp nommé « Evacuation of the 34 » leur sert de boussole jusqu’au point de rendez-vous pour éviter les checkpoints tenus par les talibans. Dans cette conversation, des messages écrits en anglais ou en dari se mêlent aux messages vocaux, aux captures d’écran de Google Maps, aux coordonnées GPS, aux photos de la situation en temps réel… Et aux mots et smileys d’encouragement envoyés par Lynda et Aslam depuis Paris.
Car cette opération d’évacuation à travers les rues de Kaboul a été en grande partie menée par deux citoyens français. Lynda Sifer-Rivière, sociologue et bénévole à la permanence juridique du Baam (2), aide depuis plusieurs années des demandeurs d’asile et recueille leurs récits de vie. Aslam, arrivé d’Afghanistan en 2017, sert d’interprète et a été une vigie précieuse pour alerter sur l’avancée des talibans dès le début de l’été, car sa famille vivait encore sur place.
Le 15 août, les talibans ont pris le pouvoir dans la capitale afghane, engendrant la fuite du Président, vingt ans après que les Américains et leurs alliés ont mis fin à leur régime fondamentaliste. Dès le lendemain, -Emmanuel Macron déclenche l’opération Apagan afin d’évacuer les ressortissants français toujours sur place ainsi que des Afghans menacés en raison de leurs -engagements -professionnels ou militants et de leurs liens avec la France. Une cellule de crise s’est constituée au Quai d’Orsay et un pont aérien a été mis en place. Selon le gouvernement français, 2 834 personnes, dont 142 Français et 2 630 Afghans, ont été évacuées via Dubaï et Doha en quinze jours.
Hazaras en dangerConnaissant les conflits ancestraux qui traversent les montagnes afghanes, Lynda et Aslam constituent une liste de personnes en danger. Leurs priorités : identifier les Hazaras des sixième et treizième arrondissements de Kaboul et ne pas séparer les familles. Cette ethnie originaire du Hazarajat, région montagneuse et assez pauvre de l’Afghanistan, représente environ 20 % de la population. Musulmans chiites,