Responsabilité des entreprises en Russie : « Toute avancée est bonne à prendre »

La pression qui enjoint aux multinationales de se retirer de Russie relance le débat sur la moralisation du capitalisme. Le chantier évolue doucement mais sûrement, selon le député socialiste Dominique Potier.

La peur de voir encore écornée leur image de marque a poussé de nombreuses multinationales à prendre des mesures, plus ou moins crédibles, de retrait de Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février. Les firmes pourraient également être rapidement rattrapées par des décisions gouvernementales. L’Union européenne étudie un durcissement des sanctions, dans le sillage des États-Unis, qui ont fixé mi-mars un embargo sur le pétrole russe. Au-delà de ce débat de circonstance, moraliser l’économie sur le temps long nécessite un arsenal de mesures volontaires ou légales, estime le député socialiste Dominique Potier, rapporteur en 2017 de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales.

Face aux pressions, Total a annoncé un vrai-faux retrait de Russie. Comment l’analysez-vous ?

Dominique Potier : Il n’y a pas que Total. D’autres grandes marques et tout un paysage d’entreprises sont également concernés. Or, si nous admettons que nous refusons d’engager notre armée pour éviter un engrenage et préserver la vie de nos soldats, nous devons consentir à un effort économique pour ne pas participer à l’économie de guerre russe. Nous sommes dans un moment de vérité, car un grand effort national de responsabilité est nécessaire. Il doit être partagé entre les entreprises engagées en Russie et celles qui ne le sont pas.

Les citoyens-consommateurs ont-ils une responsabilité, au-delà du rôle des multinationales ?

Total doit partir, comme l’ensemble des forces économiques présentes en Russie. Mais cette nécessité entraînera des difficultés qui peuvent conduire des entreprises à la faillite. La -solidarité nationale devra intervenir. Nous n’avons pas à protéger les superbénéfices de Total, mais nous devons protéger les entreprises qui pourraient être menacées par un retrait de Russie.

La pression que Total et les autres multi-nationales subissent relève-t-elle d’un phénomène nouveau ?

Je suis persuadé qu’une prise de conscience monte. Nous découvrons que nous sommes interdépendants et, au milieu de cette prise de conscience, apparaît l’irresponsabilité des multinationales qui ne payent pas ou peu leurs impôts et cachent de graves atteintes aux droits humains et à l’environnement derrière une articulation juridique complexe entre les maisons mères et les sous-traitants. Mais, grâce à cette prise de conscience, une action politique est en train de s’organiser depuis dix ans, avec des avancées qui ne sont pas insignifiantes.

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