Tisseurs de liens 2/7 – Cléophée Vandevoorde : Des vies à la lettre

Les écrivain·es public·ques prêtent leur plume à celles et ceux qui ne la maîtrisent pas. Une lutte quotidienne contre l’illettrisme, la dématérialisation et une administration déshumanisée.

Erwan Manac'h  • 16 mars 2022 abonné·es
Tisseurs de liens 2/7 – Cléophée Vandevoorde : Des vies à la lettre
Cléophée Vandevoorde, 28 ans, est écrivaine publique à Lille. n
© Erwan Manac’h

À quoi ça sert de raconter tout ça ? » Hichem (1) reste figé dans son fauteuil. Épaisse doudoune noire fermée sur ses soucis, pointes des pieds vissées au sol, il ne bouge que la tête pour interroger d’une voix délicate. De l’autre côté d’une vitre en plexiglas brinquebalante, Cléophée Vandevoorde fait pleuvoir ses doigts fins sur le clavier d’un petit ordinateur portable, juchée à l’avant de sa chaise, épaules relevées. « Vous allez être convoqué à un entretien de naturalisation, vous aurez des questions très personnelles. Cela peut être une expérience difficile à vivre, je préfère vous prévenir. »

Le hurlement du téléphone annonce soudain l’arrivée du rendez-vous suivant. « Allô, oui j’arrive dans cinq minutes. » Une heure est passée. Déjà. « Je vais lire et vous me direz ce que vous en pensez, d’accord ? » De sa voix fluette, Cléophée Vandevoorde rend vivante une lettre intime et solennelle. Malgré les formules de politesse, les idées livrées pêle-mêle par Hichem sont toutes là, sobres et claires, chacune à sa place. « Dans l’assurance de mes sentiments les meilleurs… » Hichem libère un soupir qu’il semblait retenir depuis de longues minutes et qui lui décroche les épaules. « Vous avez tout dit. Merci Madame ! » La lettre ouvrira le dossier de sa demande de naturalisation qu’il a décidé d’adresser à l’administration, trente ans après son arrivée en France et quelques semaines après la naissance de son troisième enfant.

Aider tout un chacun à affronter le vertige de l’écriture, c’est le métier de Cléophée Vandevoorde, 28 ans. Écrivaine

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Violences sexuelles : dans les lycées, la grande omerta
Enquête 28 février 2024 abonné·es

Violences sexuelles : dans les lycées, la grande omerta

Si les politiques publiques contre le harcèlement scolaire ont été renforcées, celles contre les agressions entre élèves demeurent confidentielles. Elles laissent les personnels dépourvus de cadre et les victimes souvent seules face à leur traumatisme.
Par Pierre Jequier-Zalc
« Le discours sur la sexualité des jeunes se résume à une forme de panique morale et sanitaire »
Entretien 28 février 2024 abonné·es

« Le discours sur la sexualité des jeunes se résume à une forme de panique morale et sanitaire »

Dans son livre Les Choses sérieuses, la sociologue Isabelle Clair enquête sur les amours adolescentes et examine la manière dont filles et garçons entrent en relation.
Par Hugo Boursier
Dans l’Hérault, un SNU sauce gospel et tir au pistolet
SNU 27 février 2024

Dans l’Hérault, un SNU sauce gospel et tir au pistolet

Dans une publication sur X (ex-Twitter) de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale de l’Hérault, rapidement supprimée, des jeunes volontaires du SNU célébraient leur fin de séjour de cohésion par une chorégraphie au son d’un gospel. L’an dernier, dans ce centre, un intervenant extérieur a appris à des jeunes à tirer au pistolet.
Par Hugo Boursier
À l’hôpital de Bourges, « on accepte que la mort puisse être une issue »
Reportage 23 février 2024 abonné·es

À l’hôpital de Bourges, « on accepte que la mort puisse être une issue »

Malgré le manque de moyens et le désert médical dont souffre le département du Cher, la petite équipe de ce centre hospitalier essaie de soulager la douleur des patients en fin de vie.
Par Hugo Boursier