Faites comme vous voulez… mais partez

À Dijon, les services de l’État usent de méthodes brutales et illégales pour inciter les familles déboutées de leurs demandes d’asile à quitter leur hébergement d’urgence.

L e message que le préfet veut vous donner aujourd’hui, c’est qu’il ne faut pas espérer une régularisation. La meilleure solution pour vous, qui avez des enfants [...], c’est le retour volontaire. » Sébastien Gauthey, directeur de l’immigration et de la nationalité de la préfecture de la Côte-d’Or, ne cesse de le répéter. Obtenir des papiers, ce n’est pas « automatique », ça arrive uniquement pour des cas « très très rares ».

>> Sébastien Gauthey présente l’ARV comme l’une des deux seules solutions possibles pour les familles résistantes de l’abri de nuit de Dijon :

L’homme s’adresse à une soixantaine de personnes, toutes résidentes d’un hébergement d’urgence à Dijon. Plus exactement, il s’agit d’un abri de nuit, ouvert de 17 heures à 9 heures, où dorment des familles déboutées de leurs demandes d’asile, sans papiers ou en cours de régularisation. Il continue : « Si vous ne sollicitez pas l’aide au retour volontaire, soyons clairs, la prochaine étape, ce sera évidemment la police le matin qui viendra pour vous accompagner à l’avion. […] Vous savez à quoi vous attendre. » Mais il menace encore : « Il y a une autre possibilité, et nous, on souhaite que vous alliez vers ça [vers l’aide au retour volontaire, NDLR]. C’est ce qu’il faut faire. Voilà. Et si la police doit intervenir, elle interviendra sur la structure. »

Ces propos ont été retranscrits d’après des enregistrements parvenus à Politis. Ils ont été captés le 30 juin 2021, à l’occasion d’une réunion d’information sur l’aide au retour volontaire (ARV) organisée par la préfecture et l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Le dispositif vise à inciter les personnes en situation irrégulière, dont la demande d’asile a été rejetée ou qui se sont vu notifier une obligation de quitter le territoire à repartir vers leur pays d’origine, en échange d’une aide matérielle et financière. Une alternative bien moins coûteuse qu’une expulsion forcée, mais qui présente un bilan très en deçà des attentes gouvernementales (1). Alors, pour convaincre, les autorités durcissent le ton et intimident celles et ceux qui espèrent encore une régularisation, quitte à mentir sur la réalité de leurs droits.

« Menaces, comme d’habitude »

Parmi ces méthodes brutales, certaines sont illégales. Comme rendre obligatoire la présence à ces réunions des personnes résidant dans un hébergement d’urgence. C’est en tout cas ce que rappelle la décision du Conseil d’État du 11 avril 2018, qui stipule que la circulaire Collomb « ne saurait légalement conférer aucun pouvoir de contrainte aux agents appelés à se rendre dans les lieux d’hébergement, que ce soit à l’égard des personnes hébergées ou des gestionnaires des lieux d’hébergement (2) ».

« Si vous ne sollicitez pas l’aide au retour volontaire, la prochaine étape, ce sera la police. »

Pourtant, Ima, Ketia et Joëlle (3) sont catégoriques. Les trois résidentes, ou anciennes résidentes, assurent avoir été informées du caractère obligatoire de cette réunion par l’intermédiaire de l’association cogestionnaire de l’abri de nuit, l’Adefo.

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